Pour une grande politique économique

Pour une grande politique économique

Tandis que la plupart des experts contestent les estimations de croissance du Gouvernement pour 2004 de 2005 (2,5 % par an), le constat de faillite de l'économie française est sans appel. Depuis 1970, la croissance moyenne s'est maintenue à 1,8 % par an contre 3 % entre 1945 et 1975, tandis que la productivité a chuté de 4 % à 1 %. Depuis 25 ans, le chômage officiel se maintient à 9 % de la population active et à 20 % des actifs en âge de travailler. Depuis 25 ans, la dette publique a explosé, passant de 23 % du PIB en 1980 à 62 % en 2003 (1 000 milliards d'euros).
En 2003 et 2004, le déficit se situe autour de 4% du PIB, tandis que le niveau de prélèvement dépasse de 6 points de PIB la moyenne européenne, et que la dépense publique représente 54 % du PIB, contre 45 % dans l'UE, 37 % dans l'OCDE. Le coût de la fonction publique représente aujourd'hui 14,5 % du PIB, les transferts sociaux 22,5 %, et l'investissement 2 % seulement !

Les conséquences en sont dramatiques : la France a perdu 2 millions d'emplois industriels entre 1975 (5,6 millions) et 2000 (3,7 millions), et le tissu industriel continue de s'effondrer (45 000 faillites en 2003). Les sorties de capitaux sont deux fois plus importantes que les entrées, et 260 000 cadres français de haut niveau ont émigré depuis 10 ans. Le niveau de vie d'un Français qui représentait, il y a 20 ans, 80 % de celui d'un américain, ne représente plus que 65 % de celui-ci en 2003.
Le déclin français ne se limite pas à la dislocation de la base productive du pays, mais correspond à un traumatisme politique aigu. La crise n'est pas seulement économique, elle est intellectuelle, morale, voire spirituelle, car touchant au plus profond de l'identité, des valeurs et du destin historique de la France. Il est temps d'en sortir, et de proposer les voies du renouveau.

I- Les fondements du renouveau

a) La récupération de nos instruments de politique économique

La France est à l'agonie, et de surcroît, elle n'a plus les moyens de son propre salut. En signant les traités de Maastricht (1992), Amsterdam (1997), Nice (2001), avec en point d'orgue le traité sur la Constitution européenne, les gouvernements français successifs ont accepté de transférer vers Bruxelles l'essentiel des attributs de la puissance publique, c'est-à-dire de l'État. Depuis la mise en place de l'euro, notre politique économique est soumise à de drastiques "critères de stabilité" (déficit, dette, inflation, taux d'intérêt, stabilité des changes). Nous n'avons donc plus de politique monétaire, budgétaire, industrielle et commerciale indépendante, et par extension inévitable, plus non plus de politique salariale, fiscale et sociale. Notre souveraineté économique, c'est-à-dire notre pouvoir de décision et notre liberté de choix, ont bel et bien disparu.

Il importe donc, avant toute chose, de dénoncer ces traités, pour récupérer notre marge de manœuvre, c'est-à-dire notre capacité d'action, et sortir notre pays de sa crise économique permanente.

b) L'établissement d'un libéralisme national populaire et social

Depuis 20 ans, l'économie française cumule les handicaps du dirigisme socialiste au plan interne et du libre-échangisme débridé au plan externe. Ce double poison ouvre notre système productif à tous les vents d'une concurrence mondiale sauvage, destructrice de nos entreprises et de nos emplois, sans lui donner les moyens d'y faire face. Cette spirale funeste diminue autant la richesse créée qu'elle rogne peu à peu les solidarités nécessaires. Les acteurs économiques ont donc besoin de plus de liberté d'action (liberté d'entreprendre, liberté du travail, respect de la propriété privée, respect des fruits du travail et de l'effort) et de protections commerciales minimales, afin d'assurer l'enrichissement de tous et le financement de la solidarité sociale (système de protection sociale et politique sociale).
Seule l'institution d'un libéralisme national, populaire et social est donc de nature à remettre la France sur le chemin de la prospérité.

II- Les moyens du renouveau

Deux types de mesures doivent donc être conjugués : celles qui créeront immédiatement les conditions du redémarrage (la politique "conjoncturelle"), et celles, à plus long terme, qui perpétueront une croissance durable du système économique (la politique "structurelle").

a) La politique conjoncturelle

Elle s'appuie sur trois axes fondamentaux.
Tout d'abord, une baisse significative des impôts. Les prélèvements (46 % du PIB au minimum) doivent être ramené à 38 %, moyenne des pays de l'OCDE, par la diminution des tranches de l'impôt sur le revenu, la diminution de l'impôt sur les sociétés à 15 % du bénéfice et la suppression des droits de succession en ligne directe. La fiscalité locale doit être plafonnée et réformée, particulièrement en ce qui concerne la taxe professionnelle. Le financement de la protection sociale doit changer d'assiette, les cotisations pénalisant l'emploi : elle pourrait reposer sur la TVA (modulée), impôt de bon rendement, indolore et taxant inévitablement le capital, parce que toute épargne a vocation a être un jour dépensée.
Même si la réforme fiscale crée dans un premier temps un déficit budgétaire supplémentaire, il sera couvert par le supplément de richesses créées (et taxées) dans un second temps.
Ensuite, le rétablissement de nos frontières commerciales, c'est-à-dire des droits de douane modulés en fonction de l'origine des produits importés. Ainsi, les écarts de coûts salariaux entre la France et les pays du tiers monde seront compensés, laissant toutes leurs chances à nos entreprises sur le marché intérieur. C'est exactement la politique commerciale américaine, qui dispose d'un arsenal commercial unilatéral de protection des secteurs menacés (agriculture, construction aéronautique, services...).
Enfin, le rétablissement de notre monnaie nationale doit s'accompagner d'une gestion monétaire pragmatique et pas dogmatique. Le franc fort ou l'euro fort, c'est-à-dire la politique de surévaluation monétaire, n'ont aucun sens économique : elle n'empêche pas l'inflation réelle (plus de 5 % par an en France) et pénalise nos entreprises à l'exportation. Il faut savoir gérer la monnaie, pour qu'elle se déprécie ou s'apprécie quand c'est nécessaire. Là encore, le pragmatisme américain est frappant : la dépréciation du dollar permet, lorsqu'il y a un déficit commercial récurrent, de redresser progressivement les comptes extérieurs du pays.

b) Les réformes structurelles

Tous les modèles économiques enseignent que la croissance économique repose en partie sur la croissance démographique. Celle-ci ne doit pas reposer sur une immigration de peuplement généralement sous-qualifiée, mais sur une relance de la natalité française, assise sur une véritable politique sociale et fiscale d'incitation à l'accueil de la vie. Les naissances conditionnent la fois le capital humain de demain, la taille des marchés de consommation, le niveau d'épargne des ménages. La relance de la natalité doit ainsi s'accompagner d'une puissante réforme du système d'éducation et de formation, pour le tourner davantage vers les besoins d'une économie dynamique et en mouvement, en suscitant l'esprit d'effort, d'initiative et de travail.
Enfin, une diminution progressive du poids de l'État dans l'économie doit impérativement être mise en œuvre : baisse progressive des dépenses publiques par la suppression des postes de fonctionnaires partant en retraite, par la diminution du champ d'intervention de l'État là où de toute évidence son action est inutile ou moins efficace que ne le serait l'initiative privée, simplification de la réglementation. Un seul exemple : il y a 4 fois plus de lignes sur un bulletin de paie français qu'un bulletin de paie britannique !

III- Les objectifs du renouveau

Cette nouvelle politique économique a ainsi pour objectif le rétablissement des grands équilibres économiques, des grands équilibres sociaux et des grands équilibres financiers dans notre pays.
Le rétablissement des grands équilibres économiques suppose une croissance élevée et durable, laquelle découle des grandes réformes évoquées plus haut.

Un fort sentier de croissance économique est la condition du rétablissement des grands équilibres sociaux, d'abord parce que le niveau de l'emploi est lié à celui de l'activité. Ensuite, parce que la croissance permet toujours de distribuer un surplus, qui doit profiter à toutes les catégories d'actifs au travail, par la distribution de dividendes ou par les mécanismes d'intéressement et de participation. C'est l'essence d'un libéralisme national, populaire et social.

Enfin, c'est toujours la croissance qui permettra le rétablissement des grands équilibres financiers. En effet, l'expansion de l'activité est par nature génératrice de grosses recettes fiscales, même lorsque le niveau d'imposition est faible, puisque l'assiette de l'impôt, c'est-à-dire la richesse créée, est plus large. L'équilibre ou l'excédent budgétaire doivent ainsi être considérés comme des objectifs à moyen terme, permettant la résorption progressive de la dette publique.

On le voit, les solutions au mal économique français sont simples et claires. Tout est question de moyens, et surtout, comme toujours en politique, de volonté et de courage.



Par Olivier Martinelli.

 



07/06/2007
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