OMC et cycle de Doha : l'Europe s'ouvrira encore plus

OMC: les pays émergents se font les avocats du cycle de Doha

Genève — Effacés dans les négociations de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) il y a dix ans, les pays en développement se sont affichés cette semaine à Genève comme les plus ardents défenseurs de la libéralisation des échanges, censée leur ouvrir les marchés agricoles des pays riches.

«En termes politiques, les pays en développement ont clairement pris cette semaine le relais de la défense du multilatéralisme face au désengagement de pays développés tels que les États-Unis», a expliqué hier Romain Benicchio, de l'ONG Oxfam international.

De fait, quelque 110 pays en développement et émergents ont fait preuve d'une unité sans faille durant la ministérielle de l'OMC du commerce à Genève pour défendre l'importance d'une conclusion «aussi rapide que possible» du cycle de Doha entamé au Qatar en 2001 dont les négociations piétinent depuis des années.

«Nous soulignons l'importance d'un système de commerce multilatéral régulé, solide, ouvert et juste pour lutter contre le protectionnisme et participer à la reprise», ont expliqué dans une déclaration commune ces pays comptant les grands émergents tel que le Brésil, la Chine et l'Inde, le groupe Afrique ou encore les pays les moins développés (PMA). Le message est clair: «Il ne faut plus sous-estimer le pouvoir des pays en développement. Leur position doit être désormais entendue», martèle l'ambassadeur égyptien auprès de l'ONU à Genève, Hisram Badr, qui représente le groupe Afrique.

Ministérielle de Cancún

La revanche des pays en développement, longtemps négligés dans les enceintes multilatérales à commencer par l'OMC où ils n'ont accédé que tardivement, remonte à 2003 et la ministérielle de Cancún quand le premier groupe d'exportateurs agricoles du Sud mené par le Brésil a été créé (G20).

Depuis, l'emprise de ces pays ne fait qu'augmenter parallèlement à leur part dans la croissance économique mondiale. De même leur voix au sein de l'OMC s'est faite de plus en plus forte au point d'exiger des concessions que les grands pays occidentaux ne s'attendaient pas à devoir lâcher.

Compte tenu de ce qui a été obtenu jusqu'à présent, Doha pourrait réellement profiter à de nombreux pays en développement, concèdent les experts. «Doha pourrait contribuer au niveau de vie des populations africaines et libérer des millions d'Africains de la pauvreté», a insisté hier le ministre sénégalais du Commerce, Amadou Niang.

Les bénéfices viendraient non seulement de la baisse drastique des subventions agricoles américaines et européennes mais aussi de la levée de milliers de barrières douanières. Sans compter les accords attendus sur les vieux conflits de la banane et du coton. Tant de raisons qui ont motivé la montée au créneau des pays en développement alors que les négociations sur Doha sont paralysées depuis des mois en raison du manque d'engagement notoire de Washington.

Mais le représentant américain au Commerce, Ron Kirk, a douché lundi l'enthousiasme des pays du Sud. Tout en disant les États-Unis prêts à «entrer dans la phase finale des négociations», M. Kirk a ouvertement réclamé plus de concessions des pays émergents. Une possibilité exclue par le ministre des Affaires étrangères brésilien, Celso Amorim, défendant l'aile dure des pays du Sud qui estiment avoir suffisamment cédé.

L'avenir des négociations s'annonce toujours laborieux alors que les grandes économies de la planète ont promis de conclure le cycle en 2010. Selon un diplomate occidental, les pays en développement, quel que soit leur nouveau pouvoir, n'auront toutefois «pas le dernier mot car les cartes restent malgré tout dans les mains des Américains».

http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/278389/omc-les-pays-emergents-se-font-les-avocats-du-cycle-de-doha




18/12/2009
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