Notre premier ennemi c’est nous-même.

Notre premier ennemi c’est nous-même.

Gabriel Adinolfi

Nos pays, notre Europe, notre civilisation, sont en voie de décomposition: c’est une évidence aussi bien dans les faits que dans les mœurs. Pour nous qui vivons aujourd’hui, la décadence est un phénomène nouveaux, mais l’histoire de l’Europe, ou mieux encore les histoires qui ont caractérisé la civilisation européenne, l’ont connue et surmontée à maintes reprises.  Ce n’est pas en jouant le réactionnaire bourgeois, le conservateur puritain, l’hystérique de l’heure apocalyptique, que nous trouverons une issue à cette impasse.

Celle-ci peut être désignée -et donc combattue- seulement par ceux qui jettent un regard froid et impitoyable sur la réalité en étant capables, à la fois, d’apprendre les leçons du passé et d’entrevoir les axes rénovateurs du futur.  C’est dans cet esprit que je veux attirer l’attention sur la folie hystérique, impolitique et maso qui a pris possession des milieux dits extrêmes qui essayent de contrer une dynamique dévastatrice en faisant appel à la langue de bois ou à des utopies à la saveur eschatologique.
Car il s’agit bien de cela quant on évoque la guerre des classes, la guerre des races ou l’imposition par le bas d’une autre mondialisation.

Et les choses ne vont pas mieux quand les extrêmes, même sans tomber dans ces pièges, se limitent à dénoncer et à contrer, mais sur un plan exclusivement verbal, les plaies de nos sociétés et ceux qui en seraient les responsables.  Les plaies sont manifestes: dénatalité, chômage, déculturation, immigration massive, prolétarisation des esprits, émiettement du tissu social, dévastation de l’écosystème, désespoir.   Rien ne sert de s’opposer à l’un ou à l’autre de ces maux si l’on n’est pas capable d’offrir une réponse globale qui ne soit pas un simple délire idéologique.

Il est impossible d’aboutir à quelque chose de sensé si on persiste dans le jeu pernicieux de la recherche du coupable. L’histoire est aussi conspiration et conjuration mais quand on la réduit à cela on sort de la réalité pour se réfugier, impuissants, dans un asile.  Les horizons actuels de la droite extrême sont assez significatifs en ce sens et montrent de façon évidente l’absurdité psycho/idéo/logique dans laquelle elle se perd.

Soit elle accepte sans esprit critique le théorème immigration = islam = guerre raciale = guerre de religion = occident contre orient = il faut défendre Israël et l’impérialisme américain, soit à cause d’un préjugé opposé, elle inverse le théorème et fait l’apologie de l’intégrisme musulman qui se considère, à tort, comme l’ennemi de l’ennemi principal et comme le rossignol qui fera sauter le système.

En réalité l’intégrisme musulman est lui aussi très utile aux puissances et aux lobbies qui du triangle Washington-Londres-Tel Aviv gèrent l’actuelle phase historique et qui insistent depuis une douzaine d’années dans une stratégie visant à abattre les régimes nationalistes laïques du monde arabe (Algérie, Iraq, Syrie, Egypte), à isoler l’Europe de l’Asie et de l’Afrique et à créer la guerre en Europe, comme cela s’est déjà vérifié dans les Balkans. Dans ce but, les agents anglo/israélo/américains encouragent tout intégrisme religieux. Et quand je dis tous j’entends précisément tous.

Il faut fuir ce traquenard et considérer tous les éléments de l’actuelle phase critique dans leur ensemble; il faut trouver la juste réponse globale à la crise actuelle en sachant distinguer les causes des effets.

Plus haut, nous avons décrit les symptômes de la crise. A présent, il faut comprendre qu’à leur origine ces phénomènes ont été provoqués il s’agit d’effets qui, persistant, sont devenus à leur tour des causes eux-mêmes, mais qui ont été déterminés par d’autres facteurs originaires et plus importants. Rien ne servirait de les contrer sans s’attaquer d’abord à leurs racines.
Politiquement il est impensable de sortir de l’impasse sans s’opposer au moteur du désastre qui est le système financier, criminel, militaire, politique et culturel mis en place par les Mafias qui ont profité de la Deuxième Guerre Mondiale bâtissant l’empire du crime dont les ressources principales sont aujourd’hui le trafic de stupéfiants (et surtout leur capitalisation comme narco-dollars), le trafic des esclaves et celui des matières premières.

Toutes les plaies de notre société sont l’effet direct des choix imposés par les Mafias criminelles dont se composent l’oligarchie du capitalisme financier et le blocus impérialiste Washington-Londres-Tel Aviv.

Rien de politique n’aura de résultats s’il ne part pas du refus complet de cette triade. Mais cela n’a aucun sens de la réfuter si on ne formule pas de contre-proposition.

Cette alternative doit se fonder sur un projet concret, nouveau, transversal et révolutionnaire, tel que l’acquisition de puissance de l’axe Paris-Berlin-Moscou, le tracé d’un destin géopolitique eurasiatique et l’acceptation du défi culturel tout azimut.

C’est bien autour d’un projet de telle envergure qu’il faut se mobiliser en laissant derrière soi toutes les phobies et les faux mythes d’adolescent qui depuis quelques temps caractérisent la majeure partie des soi-disant antagonistes.

Toutefois le passage de l’arrière-garde à l’avant-garde, du virtuel au réel, du psychotique au possible, n’est pas aussi simple que cela. Car il suppose, pour commencer, une révolution personnelle et, surtout, l’acquisition d’un esprit de milice et d’efficacité.

Qui veut participer à une bataille vaste, vraie et réelle, ne peut pas le faire à mi-temps, en se plaignant rancunier dans un bistrot, en jouant au révolutionnaire dans un sous-sol. Il doit se mettre en cause, il doit muter, il doit produire, il doit créer des structures, il doit pouvoir se confronter au capitalisme en édifiant des économies locales solidaires, productives et socialisées.

Car lorsqu’on sort de l’empyrée facile des théories abstraites, lorsqu’on agit, c’est dans l’acte, c’est dans la vie, c’est dans l’exemple, c’est dans la capacité d’interagir, qu’on devient protagonistes.

Pour cela il faut, alors, tuer en soi-même son ennemi principal: le bourgeois décadent.
Car c’est précisément celui là notre vrai ennemi.
Aux Thébains qui défilaient dans Sparte un vieux lança : « il n’y a plus de Spartiates, s’il y en avait encore vous ne seriez jamais arrivés jusque là ».  Et cela vaut parfaitement pour nous tous. La crise européenne est sûrement l’effet de la gestion mafieuse capitaliste et impérialiste mais elle n’aurait jamais pris une telle ampleur si un esprit décadent et bourgeois, si des valeurs molles et lâches ne l’avaient pas permis.
Si l’on veut participer à la partie qui a pour enjeu notre propre destin, il faut donc vaincre, dompter et plier notre « esprit de gravité » pour employer le mots de Nietzsche, notre côté bourgeois pour être moins prosaïque.

Il faut alors se mettre en cause et se vérifier au quotidien, dans un sacrifice militant et au même temps dans une alternative de vie économique et sociale et dans le renouveau de la pensée, de l’art et de la communication. Car toute entreprise humaine qui a de la valeur est tripartie et strictement unie dans sa tripartition: guerrier, économique et métapolitique doivent donc aller ensemble, fondées sur le même esprit et viser à un renouveau profond.

Ce renouveau à son tour doit viser à l’existentiel, à la réalisation de libres communautés populaires fondés sur le mariage lieu/travail et sur des réponses à la fois théoriques et concrètes au brassage mondialiste.  Elles doivent offrir un soutien objectif et une référence continuelle à ceux qui se lancent dans le projet politique de puissance eurasiatique mais ne doivent en aucun cas se tromper de rôle ni brader leurs actions. Il est donc fondamental de comprendre que l’œuvre est plus importante que son image, autant qu’agir vaut beaucoup plus que de hausser la voix. Il est donc nécessaire de rétablir une hiérarchie entre essentiel et apparent, entre continuel et immédiat sans rester piégé par les impulsions émotives, par la dictature de l’urgence ni par les lois de la société du spectacle.

L’époque impose un choix substantiel et silencieux. Ainsi, en reprenant l’expression du grand poète allemand, nous pouvons bien conclure en disant que ce n’est pas autour de ceux qui font du bruit mais de ceux qui créent que, silencieusement, tourne le monde.

Gabriel Adinolfi



02/06/2007
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