les travailleurs migrants ont rapatrié plus de 240 milliards de dollars

Participation massive des migrants aux économies de leur pays d’origine

240 milliards de dollars de transferts en 2007

En 2007, les travailleurs migrants originaires des pays en développement ont rapatrié par les voies officielles plus de 240 milliards de dollars.

Genève (Suisse). De notre envoyé spécial

Ce montant est supérieur aux enveloppes destinées à l’aide aux pays les moins avancés. Le constat est établi par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) dans un communiqué rendu public hier à Genève à la faveur de la Journée internationale des migrants qui coïncide avec le 18 décembre de chaque année. Ces migrants, estime l’OIM, contribuent d’une manière significative à la croissance économique et à la prospérité des pays d’accueil. Mieux : la mobilité de la main-d’œuvre est devenue « un élément clé » de la mondialisation et exerce « une influence considérable » sur l’économie mondiale. « A condition d’être efficacement gérée, la mobilité internationale de la main-d’œuvre peut également jouer un rôle important au travers de l’acquisition, par les migrants, des connaissances et des compétences qui favoriseront le développement de leur pays d’origine », note l’OIM. Ce thème avait été largement débattu, en juillet 2007 à Bruxelles, lors du Forum mondial sur la migration et le développement. La Sénégalaise Ndioro Ndiaye, directrice générale adjointe de l’OIM, en fait même une priorité. « Les pays africains doivent bouger pour tirer profit des politiques de migrations », martèle-t-elle, lors d’un débat, organisé par la fondation allemande Friedrich Ebert, au siège du Bureau international du travail (BIT), à Genève, en présence de journalistes étrangers. Elle regrette l’absence d’une politique commune dans le continent et reproche à la commission de l’Union africaine (UA), en charge du dossier des migrations, de trop s’appuyer sur l’OIM dans son travail, au lieu d’élaborer ses propres stratégies. « L’UA est tellement lente ! », regrette-t-elle. « L’Afrique ne prend pas d’initiatives. C’est un obstacle majeur. Tous les aspects positifs qu’elle peut utiliser des politiques de migrations lui échappent », ajoute-t-elle. Cependant, elle apprécie l’intérêt grandissant des médias et des ONG aux questions liées à l’immigration. Elle salue les efforts de l’Afrique du Sud et du Ghana qui « proposent des idées significatives sur l’intégration des migrations ». Ndioro Ndiaye demeure convaincue que « la diaspora » qualifiée peut être d’une grande aide pour les pays d’origine. « La diaspora peut assister les pays d’origine pour les négociations dans les partenariats économiques. Elle peut être un catalyseur du secteur privé et du commerce international », estime-t-elle. L’OIM a lancé le projet MIDA (Migration for Development in Africa) pour « mobiliser » les membres de la diaspora dans la perspective d’une participation au développement de leur pays d’origine par, entre autres, le lancement de petits investissements. L’OIM a créé des plateformes de dialogue entre les communautés africaines expatriées et les pays d’origine et de destination. Cela a permis de détecter le besoin d’aider les migrants « à trouver une écoute » auprès des institutions financières et des mécanismes de micro-crédit encourageant une circulation plus rapide des fonds. Et là, la numéro 2 de l’OIM reproche aux pays africains de ne pas jouer le jeu et de permettre aux représentants de la diaspora une installation plus facile aux pays d’origine. « Dans ces pays, il y a une cacophonie dans la gestion des dossiers liés aux flux migratoires entre ministères de l’Intérieur, des Affaires étrangères et de la Coopération (...) L’Afrique ne fait que subir ce que les pays d’accueil décident de faire », constate-t-elle. Citant l’exemple des accords de Cotounou (amélioration de la convention de Lomé sur les régimes commerciaux), Ndioro Ndiaye remarque que les pays africains n’ont pas respecté leurs engagements en matière de retour des talents et des compétences. « La plupart des migrants veulent investir une partie de leur épargne ainsi que leur savoir-faire dans le développement de leur pays d’origine. Souvent leur désir est bloqué par le simple fait qu’ils ne savent pas comment s’y prendre », note-t-elle. Jean-Phillipe Chauzy, de la division des relations avec les médias de l’OIM, estime nécessaire de faire appel à des experts pour aider les pays d’origine à améliorer la gestion et la gouvernance des politiques de migration. « Il existe une volonté des pays africains de négocier d’égal à égal ces politiques mais les intérêts sont divergents », relève-t-il. L’OIM entend créer un master en collaboration avec les universités africaines pour étudier les phénomènes migratoires et « former les formateurs » à la gestion de ces dossiers à l’avenir.

Lutter contre la traite d’êtres humains

Ndioro Ndiaye rappelle que les pays européens n’ont pas signé la convention de l’OIM sur les droits du migrant et de sa famille. « Il n’y a aucun moyen de faire pression sur eux », observe-t-elle. D’après elle, la compensation financière pour le retour des migrants – telle que pratiquée par certains pays européens – ne sert à rien. En ce sens que le migrant a besoin de projet concret pour rester dans son pays. L’OIM, dont le siège est à Genève, a constaté qu’une bonne partie des transferts d’argent des migrants ne passe pas par le circuit bancaire traditionnel. La plupart des sommes sont transférées via le système de Western Union qui ne laisse pas de traces. Les migrants non qualifiés sont ceux qui envoient le plus d’argent vers leur pays d’origine. « En dépit de leur contribution positive à l’économie mondiale, les travailleurs migrants et les travailleurs contractuels temporaires continuent de buter sur des difficultés dans de nombreuses régions du monde, du fait notamment de mauvaises conditions de travail et de formes diverses d’abus et de discrimination », constate l’OIM. Brunson McKinley, directeur général de l’organisation, s’est déclaré préoccupé par la situation des droits humains de ces travailleurs. « Protéger les droits humains des migrants et des travailleurs contractuels suppose nouer de solides partenariats entre les pays d’origine et de destination, les entités ayant un intérêt dans la mobilité de la main-d’œuvre et d’autres interlocuteurs importants tels que le secteur privé », a-t-il estimé. En Tanzanie, l’OIM vient de lancer une campagne d’information sur les dangers liés à la traite d’êtres humains. La Tanzanie est un pays de transit pour les victimes de la traite originaires de la Corne de l’Afrique (Somalie surtout) envoyées en Afrique du Sud où elles sont exploitées sexuellement. Avec les onze Etats du Processus de Colombo, qui regroupe les pays d’où vient la main-d’œuvre asiatique. Abou Dhabi, capitale des Emirats arabes unis, accueillera en janvier 2008 une réunion ministérielle des pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et ceux du Processus de Colombo. La finalité est de trouver « des solutions pratiques » pour améliorer la situation des employés contractuels asiatiques du Golfe. « Il est essentiel d’encourager une politique transparente de recrutement et d’emploi pour que les droits des migrants et travailleurs contractuels soient respectés », a noté Brunson McKinley. A titre d’exemple, des employeurs privés italiens et espagnols sont soupçonnés de faire travailler au noir et dans des conditions inhumaines des clandestins venus du Maghreb et de l’Afrique au sud du Sahara. Ces employeurs menacent les employés de dénonciation aux autorités s’ils s’élèvent contre leur précarité. De riches familles de la région du Golfe sont également soupçonnées de maltraiter des employés d’intérieur. Le Sénégal et le Maroc se sont entendus avec l’Espagne pour embaucher des contractuels dans le secteur agricole. Sauf que les termes du marché sont parfois violés par les employeurs. Dernièrement, des syndicats espagnols avaient protesté contre les mauvais traitements de femmes marocaines travaillant dans les champs ibériques. Sur un autre chapitre, l’OIM a lancé un appel d’urgence pour collecter 3 millions d’euros en vue d’aider 2000 personnes bloquées en Libye. Elle entend les aider à retourner dans leur pays et les soutenir pour créer une activité rémunératrice. La Commission européenne et l’Italie apportent aussi leur assistance à ce retour qui est souvent douloureux. La Libye est devenue un important pays de transit pour des migrants, parfois clandestins, africains et asiatiques voulant rallier l’Europe. La Libye est en passe de déclasser l’Algérie en la matière. Le Maroc et l’Algérie sont devenus des pays d’accueil également. Selon Ndioro Ndiaye, de plus en plus de migrants de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale se dirigent vers les Etats-Unis. Ces deux régions attirent souvent les personnes qualifiées. La Grande-Bretagne, le Portugal, la France, l’Italie et l’Espagne accueillent le plus gros de la diaspora africaine en Europe. « Je ne connais pas de pays qui ne fait pas de l’immigration choisie », répond Ndioro Ndiaye à une question sur les nouvelles tendances de sélection de main-d’œuvre étrangère dans le Vieux continent.

Faycal Metaoui



12/01/2008
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