Le débat sur l’immigration s’intensifie au Japon

Imiter le Japon qui, au lieu de faire venir des immigrants pour remplir les tâches les plus simples de la société, fabrique des robots qui servent d'agents d'information, de préposés à l'entretien ménagé, de vide-poubelles dans les centres d'achats, etc... Car il est très facile de programmer un robot de manière à ce qu'il ne soit jamais antisémite... ou n'incendie jamais de voitures. Alors que faire venir des immigrants du Maghreb qui ne soient jamais antisémites, c'est, en pratique, peine perdue.

NDLR:le Japon fait le choix conscient, malgré le vieillissement de sa population, de limiter l'immigration. La conséquence inévitable est le développement de robots sophistiqués qui pourront faire le travail de nombreux immigrants.

 

Le débat sur l’immigration s’intensifie au Japon

Japan Brief/FPC No0338
Le 14 juillet 2003

Cet article, rédigé par la Fondation Foreign Press Center, qui en détient les droits, constitue une synthèse des déclarations de personnalités et d’articles de journaux parus sur le sujet. Les opinions présentées sont celles du Foreign Press Center et ne reflètent pas necessairement la position officielle du gouvernement japonais.

Le Livre blanc 2003 sur le commerce international, approuvé par le gouvernement le 1er juillet, stipule que la venue au Japon de main-d’œuvre hautement qualifiée, notamment dans le domaine technique, servirait à intensifier l’activité économique : c’est la première fois qu’un texte émanant du gouvernement envisage d’inciter des travailleurs étrangers à venir s’installer au Japon. Ce Livre blanc, sous-titré « Revitaliser l’économie japonaise grâce à l’intégration du dynamise international », souligne que « Les investissements étrangers au Japon peuvent constituer un moyen efficace de promouvoir les réformes structurelles et la revitalisation de l’économie japonaise », et il évoque une meilleure utilisation du capital humain. Tout en se montrant très circonspect vis-à-vis de la possibilité de faire venir au Japon des travailleurs non qualifiés, il donne à penser que l’idée d’employer de la main-d’œuvre étrangère dans le but d’acquérir des capacités de recherche avancée et de l’expertise dans la gestion, alors même que le chômage est en hausse au Japon, est maintenant admise au ministère de l’Économie, du commerce et de l’industrie qui en est l’auteur. Il semble aussi que le problème du vieillissement démographique qui rend de plus vraisemblable le risque d’une pénurie de travailleurs pour la société et ainsi de contributeurs à la sécurité sociale ait relancé au sein des milieux industriels le débat sur les moyens d’inciter une immigration étrangère de qualité.

Un consensus entre le gouvernement et les milieux économiques
La population active japonaise a atteint son plus haut niveau en 1995, avec 87.71 millions de personnes, alors que la population japonaise devrait culminer en 2006 avec 127,73 millions, avant d’entamer ensuite son déclin. Les milieux économiques en sont très préoccupés, et le Keidanren, l’équivalent japonais du Médef, a annoncé en avril dernier : « Il nous faut, dans le contexte du vieillissement démographique utiliser les excellentes ressources humaines du monde entier pour permettre à notre pays de développer son économie et son industrie. » Il a précisé que le Japon devait accueillir une immigration de qualité et possédant des savoirs avancés, par exemple des chercheurs ou des interprètes. La Chambre japonaise du Commerce réclame aussi plus de facilités pour embaucher des spécialistes étrangers, notamment dans le domaine des technologies de l’information. Du côté du gouvernement, le Conseil sur le mouvement des personnes au-delà des frontières, un organisme consultatif auprès du ministre des Affaires étrangères, considère prioritaire la question des travailleurs étrangers au Japon, et il a entamé l’automne dernier des discussions à ce sujet, notamment sur les méthodes à envisager pour les faire venir au Japon. Un groupe d’étude sur l’emploi des étrangers au Japon (groupe d’étude privé du directeur du Bureau pour la stabilité de l’emploi du ministère de la Santé, des affaires sociales et du travail) a préparé un rapport qui traite de mesures concrètes, notamment d’une simplification importante des démarches liées à l’entrée et au séjour au Japon, dans l’optique d’attirer des ressources humaines internationales.
À l’époque de la bulle de l’économie japonaise, le gouvernement, avait, en ce qui concerne la main-d’œuvre non-qualifiée (comme les manœuvres de chantiers et les ouvriers d’ateliers), instauré un système d’apprentissage qui autorisait l’emploi d’étrangers ayant suivi une formation au Japon, et il avait aussi permis aux citoyens de pays d’Amérique du Sud d’origine japonaise de travailler au Japon grâce à une modification de la loi sur l’immigration. Enfin, en août 1999, le Neuvième plan fondamental de mesures pour l’emploi approuvé en Conseil des ministres avait annoncé une politique qui accepte des travailleurs étrangers ayant des compétences techniques de haut niveau dans les domaines liés aux technologies de l’information. Toutes ces initiatives expliquent que, selon l’enquête sur la situation (au 1er juin 2002) des travailleurs étrangers au Japon préparée par le ministère de la Santé, des affaires sociales et du travail, le nombre d’entreprises ayant déclaré qu’elles employaient des travailleurs étrangers était passé à 21500, soit 700 de plus que lors de la même enquête en 2001, et que le nombre total de travailleurs étrangers atteignait 228 000, une progression de 6 200 par rapport à 2001. Enfin, comme l’écrivait le journal Asahi Shimbun dans son éditorial du 5 juillet, nombreux sont ceux qui estiment que « plus de 700 000 étrangers travaillent au Japon. 170 000 d’entre eux sont des personnes de haut niveau. 340 000 sont des étrangers d’origine japonaise et des personnes suivant une formation technique qui occupent des emplois non qualifiés dans des usines et sur des chantiers. Et il y a aussi 230 000 sans-papiers qui effectuent ce genre de travaux en toute illégalité. »

Les pays d’Asie demandent au Japon d’ouvrir son marché du travail

Comme le relève le Livre blanc sur le commerce international, le pourcentage représenté par les travailleurs étrangers au sein de la population active est très faible, 0,2 %, comparé à celui des Etats-Unis (11,7 %) ou à celui de l’Allemagne (8,8 %). Ce Livre blanc demande que des mesures soient prises d’urgence pour inciter des travailleurs étrangers à venir au Japon, notamment par la reconnaissance mutuelle de qualifications ou encore par la conclusion d’accords sur la sécurité sociale pour éviter que les cotisations sociales ne soient prélevées à la fois dans le pays d’origine et dans le pays hôte. Étant donné la puissance relative de l’économie japonaise et son haut niveau de salaires, il est cependant inévitable que le Japon n’attire, outre la main- d’œuvre qualifiée et de haut niveau souhaitée par les milieux économiques, d’autres travailleurs étrangers, y compris des sans-papiers. Il est à noter que dans le cadre des négociations ouvertes avec les Philippines pour créer une zone de libre-échange entre les deux pays, les Philippines exigent l’ouverture du marché japonais du travail pour ses infirmières ou ses aides-soignants, et que dans celles ouvertes dans le même but avec la Thaïlande, la même demande est faite pour les aides-soignants et les masseurs. Ces questions sont devenues de nouveaux obstacles pour les négociations.

Il a été relevé que parmi les travailleurs étrangers au Japon, certains ne s’affilient pas aux systèmes d’assurance maladie ou que d’autres ne mettent pas leurs enfants dans les écoles japonaises. Il convient aussi de ne pas ignorer le fait que l’augmentation du nombre de travailleurs étrangers au Japon est à l’origine d’une augmentation de divers coûts pour les collectivités locales et l’administration centrale. Le problème de la détérioration de la sécurité de ces dernières années est sans doute pour quelque chose dans l’augmentation remarquable, 16,0 points en 10 ans, du pourcentage de Japonais (49,6 %) qui estimaient dans le sondage d’opinion réalisé par le secrétariat du gouvernement en février 2002 qu’il convenait d’expulser les travailleurs en situation illégale au Japon, c’est-à-dire les personnes entrées dans le pays avec un visa de tourisme et qui n’ont pas quitté le pays à l’expiration de leur visa. On estime que le nombre de travailleurs étrangers en situation illégale au Japon est élevé par rapport au nombre total des travailleurs étrangers, et la sévérité de l’opinion publique japonaise aura sans doute une influence négative sur les discussions qui vont avoir lieu sur l’ouverture du pays aux travailleurs étrangers en général.

À cet égard, il serait certainement intéressant d’étudier les approches adoptées par d’autres pays. En Europe, où la baisse de la natalité et son corollaire, le vieillissement démographique, sont aussi une réalité ; certains pays ont adopté une méthode d’ouverture du marché du travail limitée aux secteurs ou aux régions dans lesquels un déficit a été constaté, et d’autres, des méthodes par convention, ce qui permet de s’entendre de manière préliminaire avec un pays défini sur le nombre de travailleurs acceptés et la durée de leur séjour. À Singapour, deux méthodes différentes sont utilisées : la taxe sur l’emploi selon laquelle les entreprises doivent payer une taxe pour chaque étranger qu’elles emploient, et le plafonnement qui définit le pourcentage maximal autorisé d’étrangers.

Comment assurer une coexistence harmonieuse entre les Japonais et les travailleurs étrangers ?
Le sondage d’opinion effectué par le secrétariat du gouvernement évoqué plus haut indique aussi que 68,0 % des sondés estiment que le manque de main-d’œuvre va probablement devenir un problème, et les réponses aux questions se rapportant à la manière d’envisager la main-d’œuvre étrangère indiquent que 53,2 % des sondés estiment que « si les efforts (faits au Japon pour pallier au manque de main-d’œuvre) n’aboutissent pas, il faudra recourir à la main-d’œuvre étrangère », tandis que 17,2 % estiment « qu’il faudra s’en préoccuper activement », ce qui montre que l’opposition aux travailleurs étrangers n’est pas si forte.

Il est vraisemblable que la main-d’œuvre étrangère occupe par la suite un certain pourcentage du marché japonais du travail, en raison du déficit de main-d’œuvre que connaît le pays. Par ailleurs l’augmentation graduelle du nombre de travailleurs étrangers au Japon dans des emplois essentiellement non qualifiés aura nécessairement des répercussions sur les collectivités locales et sur l’administration centrale. Un analyste du marché du travail indique qu’il est nécessaire d’établir clairement, sur la base d’un cadre systématique, les besoins en main-d’œuvre étrangère par secteur, et de prendre des mesures de gestion, dans le sens positif du terme pour assurer une coexistence harmonieuse entre la main-d’œuvre japonaise et étrangère.

L’éditorial du Nihon Keizai Shimbun en date du 4 juillet 2003 qui traitait de ce problème, se montrait favorable à l’ouverture : « Il y a en Asie de plus en plus de personnes ambitieuses qui possèdent différentes capacités dans le domaine notamment des technologies de l’information. Nous pensons que si le Japon, pays où les revenus sont élevés, assouplit les conditions de séjour, cela ne manquera pas d’attirer un grand nombre de personnes. » Le Tokyo Shimbun, un autre quotidien, était aussi favorable à cette idée, et il écrivait : « Si un environnement facilitant la vie et le travail des étrangers est mis en place, cela ne manquera pas de servir à l’assouplissement des régulations, un thème que les seuls aménagements intérieurs ne suffisent pas à faire avancer. » Mais l’Asahi Shimbun, en date du 5 juillet, soulignait, tout en se réjouissant des propositions du Livre blanc sur le commerce, la réalité actuelle « Plus la main-d’œuvre étrangère s’installera au Japon, plus ces personnes souhaiteront faire venir au Japon leur famille et leurs parents, et cela ne manquera pas de créer des problèmes graves dans toutes sortes de domaines ». Il ajoutait, à propos des problèmes confrontés par les étrangers travaillant actuellement au Japon, ceux qui parfois ne peuvent payer les frais médicaux parce qu’ils ne sont pas affiliés au système d’assurance maladie ou qui ne savent que faire de leurs enfants non scolarisés : « Il est important de résoudre progressivement tous les problèmes qui existent. Ce n’est qu’ainsi que l’on pourra sérieusement envisager une société permettant une coexistence harmonieuse avec les étrangers. »

 

 



07/06/2007
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