L’Arlésienne nationale patriotique

Chronique hebdomadaire de Philippe Randa, écrivain (www.philipperanda.com) et éditeur (www.dualpha.com)

L'Arlésienne nationale patriotique

Je reçois aujourd'hui les professions de foi des candidats aux élections législatives de dimanche prochain. Ils sont 13 dans ma circonscription. Chaque voix, évidemment, rapporte 1,66 euros au Parti qui les présente et il faut bien vivre, n'est-ce pas ! Notre belle démocratie parlementaire n'a pas de prix ! Et n'est jamais chiche avec l'argent du contribuable.
D'un bout à l'autre de l'échiquier politique, la démultiplicité des partis politiques reste une constante de notre pays.
La droite dite extrême s'y complaît allègrement : cela fait combien de temps, au juste, que certains réclament une union, une alliance, un regroupement ou je ne sais quoi encore à la sauce nationale patriotique entre le Front national, le Mouvement national républicain et le Mouvement pour la France ? Voire encore avec divers mouvements régionalistes ou identitaires, si ce n'est religieux ou révolutionnaires, écologistes ou végétariens, et pourquoi pas naturiste, voire même nudiste si affinités ? Des mois, voir des années pour certains, si ce n'est des décennies pour d'autres. Pour quel résultat ? Aucun.
Quelle que soit l'appellation souhaitée ou proposée, cette espérance n'est qu'une Arlésienne. Il serait peut-être temps de le réaliser et cesser de marteler cette idiotie que « l'union fait la force », alors que seul le dynamisme est facteur de succès.
Dernier exemple en date, la récente élection présidentielle. Jean-Marie Le Pen a proposé une « union patriotique » à Philippe de Villiers. Celui-ci l'a refusée avec un dégoût non dissimulé de chaissière fière de son état… et c'est Bruno Mégret qui y a répondu favorablement. Le résultat fut catastrophique.
On reproche à certains responsables du Front national l'attitude de rejet vis-à-vis de leur ancien Délégué général, mais à qui fera-t-on croire que celui-ci n'était pas guidé par quelques forts évidents calculs politiciens visant uniquement à récupérer le leadership de l'après-Le Pen ? Comment, d'ailleurs, peut-on imaginer que des chefs de mouvement politique puisse accepter de s'effacer gratuitement pour favoriser un rival ?
Considéré – à tort ou à raison, là n'est pas le problème, ils étaient sur le plan de la symbolique – par le Front national comme quantité négligeable, le leader du MNR ne pu jamais s'exprimer en public aux côtés du candidat Le Pen… et se voit aux élections législatives opposer personnellement un candidat frontiste et qui plus est le majordome de celui-ci. L'« union patriotique » sur fond de réconciliation lepéno-mégrétiste se révèle un simple marché de dupes et de goujats.
Philippe de Villiers a préféré, lui, s'enferrer dans une ruineuse élection présidentielle et boire jusqu'à la lie son score de 2,23 % des suffrages plutôt que de trouver dans une éventuelle union, ne serait-ce que de façade, une sortie de secours inespérée.
Comment peut-on encore espérer rassembler des personnalités qui n'ont finalement de cesse de s'insulter et de se combattre ? Voir des militants, présents ou passés, qui cultivent allègrement les mêmes haines, clament haut et fort leur désir d'union à condition qu'en soit bien évidemment exclu unetelle ou untel, trop-ci ou pas assez ça, voir trop compromettant par de précédents engagements ou suspectés de probables trahisons à venir ?
Au-delà des chefs de partis et de leurs plus ou moins faméliques troupes, comment, enfin, peut-on imaginer unir des gens qui, surtout, n'ont pas les mêmes idées… voir, si on se donne la peine d'y regarder de plus près, les mêmes ennemis !
Quel sujet ferait l'unanimité, permettrait une union, un rassemblement, une alliance quelconque, même ponctuelle, même sans lendemain ?
L'Europe ? Entre ceux qui la veulent régionale, supranationale ou simplement fédérale et ceux qui n'en veulent pas du tout, partisans du « nationalisme intégral », quel possible accord politique ?
L'immigration ? Entre ceux qui prônent l'intégration républicaine ou autre et ceux qui ne jurent que par le renvoi expéditif et systématique dans leurs pays d'origine de tous les extra-Européens, voir d'ailleurs de bon nombre d'Européens aussi, quel possible accord politique ?
La politique internationale ? Entre les partisans de l'axe Washington-Tel Aviv contre les « forces du Mal » islamistes ou encore communistes et ceux qui combattent ce qu'ils considèrent comme un insupportable impérialisme américano-sioniste, quel accord politique possible ?
La laïcité ? Honnie par les catholiques traditionalistes, les intégristes juifs et les radicaux musulmans, chérie par les autres, quel accord politique possible ?
On pourrait ainsi égrener tous les sujets de société, de la peine de mort au SMIC, de l'avortement à l'euro, en passant par le rôle de la police, de l'armée ou du Corps enseignant… Autant de sujets de désaccords.
Jean-Marie Le Pen a réussi, trente ans durant, à attirer sous la bannière de son Front national de 10 % à 20 % du corps électoral suivant les occasions, jamais par une quelconque « union », mais en acceptant que le rejoignent tous ceux qui le désiraient, quels que soient leurs engagements passés ou leurs convictions profondes. La seule exigence qui leur était imposée était de laisser leurs nostalgies ou leurs fantasmes religieux au vestiaire et d'accepter comme plate-forme électorale un programme politique que personne, reconnaissons-le, ne s'est jamais vraiment donné la peine de lire. Si cela avait été le cas, nombre de reproches que certains adressent aujourd'hui à la direction actuelle du FN, ne seraient de mise…
Et on saurait alors, conformément aux « fondamentaux » du programme du Front national, que Jean-Marie Le Pen a bien tenté lui aussi une véritable autant qu'improbable « union patriotique », non en tendant une main happée par Bruno Mégret à un Philippe de Villiers, mais lorsqu'il se rendit le vendredi 6 avril dernier sur la dalle d'Argenteuil, dans le Val d'Oise, en déclarant : « Si certains veulent vous "karcheriser" pour vous exclure, nous voulons vous aider à sortir de ces ghettos de banlieue où les politiciens français vous ont parqué. »
Initiative certes inattendue qui lui fut aussitôt amplement reprochée et n'eût absolument aucun effet électoral.
Dans le même temps, Nicolas Sarkozy, sans avoir fait la moindre union avec qui que ce soit, mais porté par une dynamique exceptionnelle, devançait largement Ségolène Royal au premier tour de l'élection présidentielle… et l'emportait tout aussi largement au second, sans avoir cherché la moindre union avec le troisième candidat François Bayrou, contrairement à la candidate socialiste.
La recherche obsessionnelle de l'union politique semble la dramatique méthode coué de tous les perdants. Certains y trouvent sans doute quelques plaisirs. Bien solitaires, comme il se doit !


© Les chroniques de Philippe Randa sont libres de reproduction à la seule condition que soit indiquée son origine, c'est-à-dire le site www.philipperanda.com.

Visitez le site www.philipperanda.com : chaque semaine, la tribune libre d'un invité… Tout savoir sur Peter et Philippe Randa (leurs entretiens, leurs livres…)

Librairie - comptoir de vente éditeur
Primatice
diffusion-distribution
ouvert au public du lundi au samedi de 10h00 à 13h00 et de 15h00 à 20h00
10 rue Primatice 75013 Paris
Tél. 01 42 17 00 48
Fax 01 42 17 01 21
Mél. primatice@francephi.com

La rue Primatice est juste derrière la Mairie du XIIIe
Métro : Place d'Italie

Si vous ne désirez plus recevoir cette chronique, il vous suffit simplement de nous envoyer ce message : « Veuillez me supprimer de votre liste.


07/06/2007
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 9 autres membres