La stratégie du syndicat allemand IG Metall "n'est pas d'empêcher les gains de productivité"

La stratégie du syndicat allemand IG Metall "n'est pas d'empêcher les gains de productivité"

LE MONDE | 27.12.05 | 13h18  •  Mis à jour le 27.12.05 | 13h18








IG Metall engage les négociations salariales en demandant une hausse des salaires de 5 %. Lors des précédentes négociations, vous demandiez 4 %. Pourquoi ?

Nous recommandons à nos branches régionales de demander "jusqu'à 5 %" de hausse de salaire. Pour arriver à ce chiffre, nous avons regardé la productivité et l'inflation. Les prix devraient croître de 2 % par an dans les trois à cinq prochaines années, selon les prévisions de la Banque centrale européenne (BCE). Cette dernière pourrait toutefois relever ce chiffre à 2,3 % compte tenu de la hausse des prix du pétrole. D'autre part, la productivité globale de l'économie allemande devrait augmenter de 2 % l'an prochain. Notre recommandation de 5 % est légèrement supérieure à la somme de l'inflation et de la productivité globale. Dans nos branches industrielles, en effet, les gains de productivité sont très élevés : ils atteignent 4 à 5 % par an.

Doit-on s'attendre à des négociations conflictuelles avec le patronat, qui propose des augmentations de 1,2 % ?

Les employeurs sont très agressifs. Qu'on ne pousse pas des cris de guerre avant même d'avoir commencé à discuter ! Les salariés doivent être associés aux progrès et aux succès économiques. Nous avons de bons arguments et nous allons les exposer.

Mais, les grands groupes de votre branche, comme DaimlerChrysler ou Volkswagen, annoncent des milliers de suppressions d'emplois.

Parfois, comme chez DaimlerBenz, il y a des erreurs de planification de la production. Cela dit, cette industrie fait aussi des gains de productivité permanents — de 20 % à 30 % pour un nouveau modèle de voiture actuellement —, liés aux évolutions des processus de production. Notre stratégie n'est pas d'empêcher ces gains de productivité, car ils sont nécessaires à la prospérité de l'économie. Et ils supposent des investissements en machines qui sont aussi un point fort de l'industrie allemande.

Mais il faut parallèlement augmenter le chiffre d'affaires pour préserver les emplois. C'est ce qui s'est produit en Allemagne ces dernières années : même s'il a reculé de 1 500 postes en 2004, l'effectif salarié dans l'automobile est passé de 640 000 personnes en 1994 à 796 000 en 2003.

Que pensez-vous du mouvement de hausse du temps de travail dans votre branche ?

Il n'y a pas d'augmentation générale du temps de travail, sinon cela signifierait que des salariés devront être licenciés. Nous avons simplement signé un accord, l'an dernier, afin que des entreprises puissent, dans des cas exceptionnels et sous des conditions bien définies, augmenter le temps de travail. Ces accords couvrent une durée limitée, et les entreprises ne doivent y recourir que si elles sont en difficulté ou bien si cela permet un supplément d'investissement et d'emploi.

Depuis janvier 2004, 540 accords dérogatoires ont été passés. A l'avenir, nous devrons penser à de nouveaux moyens de baisser le temps de travail, compte tenu des gains de productivité.

Dans l'affaire Volkswagen, des responsables du comité d'entreprise, membres d'IG Metall, ont été mis en cause et ont démissionné. Quelles sont les conséquences pour le syndicat ?

Le comportement fautif de quelques-uns porte atteinte au capital moral du syndicat. Les syndicats doivent être des institutions respectées et se comporter de façon morale et éthique. Nous nous sommes posé beaucoup de questions, notamment sur la nécessité de durcir encore notre code de déontologie, déjà très strict. Mais il reste qu'IG Metall ne peut pas tout savoir de ce que font ses 150 000 permanents ou membres de CE.

Certains attribuent ces dérives au système de cogestion...

C'est une discussion intéressée et idéologique. Les abus de pouvoir, cela arrive aussi dans le management des entreprises ou dans d'autres institutions.

Le gouvernement de grande coalition a prévu d'autoriser des nouveaux contrats de travail avec une période d'essai de deux ans. Pourquoi ne réagissez-vous pas beaucoup à ce projet ?

On ne peut pas réagir à de simples annonces. Cela dit, si la grande coalition permettait des périodes d'essai de deux ans, cela serait une grande erreur et ne créerait pas d'emplois. Le gouvernement Kohl avait promis 200 000 nouveaux emplois pour justifier la suppression de la protection sur les licenciements dans les PME de moins de 20 salariés en 1996. Or, un an plus tard, ces entreprises avaient réduit leurs effectifs.

Etes-vous inquiet du programme social du nouveau gouvernement de grande coalition CDU-CSU-SPD ?

Ce qui est positif dans le résultat des élections, c'est que des coupes claires dans le système social ne sont plus possibles. Les électeurs ont refusé les éléments du programme de la CDU-CSU qui portaient largement atteinte au système de cogestion et de négociations collectives.

De son côté, la majorité sociale-démocrate-verte a perdu le pouvoir à cause de sa réforme de l'assurance-chômage et des injustices sociales de l'Agenda 2010. Les électeurs veulent l'équité sociale. J'espère que la leçon a été comprise. Mais il y a encore des choses qui ne sont pas claires, notamment sur la politique de santé.

Que pensez-vous des projets d'augmenter de trois points la TVA en 2007 ?

C'est un compromis politique qui n'est pas très sensé. Nous sommes champions du monde des exportations, mais la faiblesse de la consommation est un problème en Allemagne depuis des années.

Propos recueillis par Adrien de Tricornot (à Francfort)

Article paru dans l'édition du 28.12.05






 



07/06/2007
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