la mort lente des USA

Bernanke a raison : seul, il n'y arrivera pas. Croyez-le
Isabelle Mouilleseaux

20 ans qu'on n'avait pas vu cela...
Pour que Ben Bernanke, chef de file de la plus grande banque centrale mondiale, prenne le chemin du petit écran un dimanche soir en prime time, c'est probablement que la situation économique est plus que délicate...

Le voici donc sur la chaîne CBS, qui s'adresse directement à l'homme de la rue. Dans des mots simples et compréhensibles par tous, il a parlé des peurs et des inquiétudes de ses compatriotes, expliquant à quel point il comprenait leur indignation.

Les efforts déployés par la Fed sont absolument inouïs
Pas de doute, nous sommes confrontés à la pire crise économique depuis 1930. Les efforts déployés par la Fed sont absolument inédits.
- politique de taux zéro ;
- injections massives d'argent liquide dans les banques, les assurances et sur les marchés ;
- programme d'aide au crédit hypothécaire et au marché immobilier -- la Fed vient de décider de porter à 750 milliards de dollars ses achats de titres adossés à des créances hypothécaires pour réduire le coût du crédit ;
- programme de soutien aux prêts aux particuliers (étudiants, acheteurs de voitures...) et aux petites et moyennes entreprises (après le TARP, le TALF...). Ce programme, d'un budget initial de 200 milliards pourrait être porté à 1 000 milliards de dollars...

Une politique monétaire hyper-expansionniste
Bref, je ne compte plus les centaines de milliards de dollars injectés dans le système pour le sauver de la faillite et relancer la machine économique. Et je ne parle même pas de l'annonce fracassante de la Fed cette semaine d'acheter pour 300 milliards de dollars de T-Bonds américain dans les six mois : la planche à billets tourne à plein régime, la masse monétaire gonfle.

Le bilan de la Fed gonfle comme une grenouille voulant devenir un boeuf !
Il doit tourner autour de 2 000 milliards de dollars. De mémoire, le PIB américain est de l'ordre de 14 700 milliards de dollars... C'est vous dire l'ampleur des efforts consentis par la Fed.

J'oubliais... Les 850 milliards du plan Obama, et les 150 milliards déjà distribués l'an passé par Bush viennent en plus.

Malheureusement, tous ces efforts ne suffiront pas : Bernanke le sait
Voilà pourquoi il s'adresse directement aux Américains sur CBS.

Tous les efforts mis en place par la Fed et l'Etat seront vains si les Américains ne les soutiennent pas.

Bernanke aura beau dire et beau faire, si ses compatriotes ne sortent pas, ne vont pas dans les magasins, ne s'achètent pas de voitures et des Ipod, ne prennent pas des crédits pour consommer... la machine ne redémarrera pas.

La confiance et la consommation sont au coeur de la problématique
Le succès ou l'échec des mesures consenties viendra de l'attitude des Américains dans les tous prochains mois. Le message a le mérite d'être clair.

L'argent est là. L'offre est là. Il manque la demande... et la demande c'est vous, c'est nous.

C'est un peu comme une équipe de foot. Vous avez beau la doper aux amphétamines avant le match, si elle n'a pas la rage de gagner, un mental d'acier et une totale confiance, elle n'y arrivera pas.

En s'adressant directement à ses compatriotes, Bernanke tente de leur donner l'envie de se battre, et essaye de leur redonner confiance. L'équipe est-elle parée ? Toute la question est là.

Encore et toujours la consommation américaine
Déjà en août 2007, je vous disais dans l'Edito que les Etats-Unis allaient rentrer en crise parce que les Américains étaient sur endettés et qu'ils devraient réduire leur consommation tôt ou tard pour faire face à leurs engagements.

Depuis le début de l'automne dernier, je vous dis qu'aucune sortie de crise n'est possible tant que les Américains ne consommeront pas. 70% du PIB des Etats-Unis est généré par la consommation. Et la consommation américaine tire la croissance économique mondiale via ses importations -- à commencer par les pays ateliers comme la Chine.

Pour faire simple
La consommation est le moteur de la croissance américaine et la croissance américaine est le moteur de la croissance mondiale.

Sur les deux dernières décennies, la consommation américaine carburait à l'endettement massif voire au surendettement. Mais maintenant, la donne a changé. Il faut rembourser.
Le fond du problème ? Ben a besoin de voir les Américains s'endetter et consommer à nouveau.

Le comble contradiction : la réalité américaine versus les souhaits de la Fed
Je vous dresse le paysage :

Les Américains sont licenciés et mis au chômage.

Leurs actifs boursiers et leur patrimoine immobilier ont fondu de moitié -- imaginez la situation des retraités !

Ils n'ont aucune épargne de précaution. Absolument aucune.

En revanche, ils ont des montagnes de dettes et d'emprunts à rembourser...

Cerise sur le gâteau : le peu d'argent qui leur reste en fin de mois après le paiement des traites et des factures, ils se mettent aujourd'hui à l'épargner ! (Des années qu'on n'avait pas vu ça... Ils savent que les temps vont être durs...)

Et voilà M. Bernanke qui les supplie de se remettre à emprunter et à consommer, au plus vite...

Qu'il est grand l'écart entre les souhaits de la Fed et la réalité quotidienne des Américains.

Bernanke a raison : sans eux, il n'y arrivera pas
Je pense que les Américains vont vouloir assainir leurs finances, purger leurs dettes, avant de repartir dans des crédits inconsidérés et une consommation effrénée. Et dans ce cas, la partie de Bernanke est bien mal engagée...

Les Américains ne sont pas dupent. Ils savent parfaitement qu'ils vont devoir payer pour les erreurs commises par les autres... Le poids du fardeau devra être supporté par plusieurs générations d'Américains... Ils devront payer de leur poche l'endettement massif actuellement créé par l'Etat. A coups de prélèvements fiscaux et de dépenses qu'on aurait pu faire et qu'on ne fera pas.

A coup de dépréciation du dollar et d'inflation aussi, qui feront fondre la valeur de leur patrimoine... Mais ça, on ne leur dit pas... pas encore.

... Mais les marchés y croient, eux
Ils sont partis pour nous faire un très beau rebond. Et très nombreux sont ceux qui estiment que le retournement est là, et que l'économie repartira à la fin de l'année. J'ai dû mal encore à y croire... je dois vous l'avouer.

Je veux bien jouer le rebond, capter le potentiel du mouvement haussier qui se dessine. Mais j'ai bien peur qu'il ne s'agisse d'un énième rebond dans un marché baissier. Alors je vous recommande de faire très attention, et d'être très réactif. Au cas où...



23/03/2009
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 9 autres membres