Jolis temps de Crise, au Royaume-Uni

Premiers troubles sociaux
au Royaume-Uni

Cyrille Vanlerberghe, correspondant à Londres 02/02/2009 

Des milliers d'ouvriers britanniques font grève pour protester contre des emplois réservés à des travailleurs étrangers dans une raffinerie Total de l'est de l'Angleterre.

Mercredi dernier, l'arrêt de travail surprise de quelques centaines d'ouvriers, manifestant dans le froid devant une raffinerie Total de l'est de l'Angleterre, n'a inquiété personne. Trois jours après, le mouvement a pris une ampleur inattendue, provoquant des grèves spontanées de soutien dans une dizaine de raffineries, de terminaux gaziers et de centrales électriques sur l'ensemble du Royaume-Uni. Au point d'obliger le gouvernement de Gordon Brown à tenir une réunion de ­crise pour tenter d'éviter que l'épisode ne fasse tache d'huile.

Ce mouvement social, spontané et donc illégal au regard des lois britanniques, a été provoqué par un contrat décerné par Total à la société italienne Irem, accusée par les grévistes de faire appel à des centaines d'ouvriers italiens et portugais et d'exclure les travailleurs britanniques locaux.

Le contrat de 200 millions de livres (225 M€) vise à agrandir la raffinerie de Lindsey, installée en bordure de mer du Nord près du port de Hull, la troisième installation du pays en termes de capacité. Les ouvriers protestent contre le fait que 90 Italiens sont déjà arrivés sur le site et qu'aucune embauche locale n'est prévue. Vendredi, devant la raffinerie Total, les 1 000 manifestants portaient des pancartes « Les jobs britanniques pour les travailleurs britanniques » . Un slogan embarrassant pour Gordon Brown puisqu'il avait utilisé ces mêmes mots en 2007 pour promouvoir un plan de formation professionnelle destiné à augmenter la compétitivité des ouvriers du pays.

Ces revendications de «préférence nationale» ont fait mouche, puisque des centaines d'ouvriers dans tout le pays ont décidé en fin de semaine dernière d'arrêter le travail pour soutenir leurs collègues. Malgré la grogne perceptible, les manifestations devant la raffinerie Total se sont déroulées dans un calme très anglais, sans aucun heurt entre les grévistes et la police.

Chômage au plus haut depuis 1999

C'est la première fois que le gouvernement de Gordon Brown doit faire face à des mouvements sociaux depuis le début de la ­grave crise économique qui a provoqué une hausse du chômage à 6,1 % en décembre, le plus haut niveau depuis 1999.

L'année dernière, la crise était principalement financière, avec des milliers de licenciements dans les banques de la City. Mais, depuis le début de l'année, l'industrie est fortement touchée par le ralentissement de l'économie, et la récession est partie pour durer au moins deux ans.

Depuis le sommet de Davos où il intervenait, le premier ministre a dénoncé ces grèves illégales, tout en précisant qu'il comprenait les craintes des travailleurs. Sa position est très inconfortable, car il ne peut soutenir les ouvriers sans remettre en cause les règles qui autorisent la mobilité des travailleurs au sein de l'Union européenne, et il ne peut pas non plus ignorer des revendications qui trouvent un écho dans l'opinion publique.

Le député travailliste Jon Cruddas, un ancien syndicaliste très populaire au sein du Labour, accuse les sociétés du secteur des travaux publics de «faire venir depuis des années des travailleurs souples et bon marché de l'étranger». Il demande au gouvernement d'«agir au niveau européen pour mettre fin à cette course sans fin aux employés pas chers» .

En attendant, plusieurs syndicalistes ont promis que le mouvement s'étendrait aujourd'hui à d'autres sites industriels, si le gouvernement n'intervenait pas.

http://www.lefigaro.fr/international/2009/02/02/01003-20090202ARTFIG00257-premiers-troubles-sociaux-au-royaume-uni-.php




03/02/2009
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