Iran : attaque nucléaire en prévision ?


 
L'OTAN APPELLE A UNE REFORME RADICALE ET SE PREPARE À LA
GUERRE PRÉVENTIVE ... NUCLEAIRE

The Guardian - 22 janvier 2008
Par Ian Traynor, Bruxelles
Selon l'Otan, une attaque nucléaire préventive est une option-clé

Selon un manifeste radical pour une nouvelle Otan, écrit par cinq des plus
hauts officiers et stratèges militaires, l'Ouest doit être prêt à se résoudre à
une attaque nucléaire préventive pour stopper la propagation "imminente"
des armes nucléaires et autres armes de destruction massive [ADM].

Appelant à une réforme complète de l'Otan et à un nouveau pacte
rapprochant les Etats-Unis, l'Otan et l'Union Européenne, vers une
"stratégie spectaculaire" pour maîtriser les défis posés par un monde de
plus en plus brutal, les anciens chefs des forces armées des Etats-Unis, de
la Grande-Bretagne, de l'Allemagne, de la France et des Pays-Bas, insistent
sur le fait que l'option d'une "primo attaque" nucléaire reste un "instrument
indispensable" puisqu'il n'y a "simplement aucune perspective réaliste d'un
monde dépourvu d'armes nucléaires".

Ce manifeste a été écrit à la suite de discussions entre des commandants
d'active et des décideurs politiques, dont beaucoup sont incapables ou ne
veulent pas faire connaître publiquement leurs points de vue. Il a été
présenté au Pentagone à Washington et au secrétaire général de l'Otan,
Jaap de Hoop Scheffer, au cours des dix derniers jours. Ces propositions
seront probablement discutées au sommet de l'Otan, qui se tiendra à
Bucarest en avril.

"Le risque d'une plus grande prolifération [nucléaire] est imminente et,
avec elle, le danger que le combat nucléaire, bien que limité dans son
étendue, puisse devenir possible", ont argumenté les auteurs dans un
projet de 150 pages appelant à des réformes urgentes de la stratégie et
des structures militaires occidentales. "L'usage en premier d'armes
nucléaires doit rester, lors de frémissements d'une escalade, comme
l'instrument ultime pour empêcher l'utilisation d'armes de destruction
massive".

Les auteurs - le Général John Shalikashvili, ancien président des forces
interarmées des Etats-Unis, l'ex-commandant suprême de l'Otan en
Europe, le Général Klaus Naumann, ancien chef de l'armée allemande, l'ex-
président du comité militaire de l'Otan, le Général Henk van den Breemen,
ancien chef d'état-major hollandais, l'Amiral Jacques Lanxade, ancien chef
d'état-major français, et Lord Inge, maréchal et ancien chef d'état-major
du Royaume-Uni - ont dressé un tableau alarmant sur les menaces et les
défis auxquels l'Ouest est confronté dans le monde de l'après 11
septembre et ils ont livré un verdict cinglant sur la capacité à y faire face.
Les cinq chefs militaires soutiennent que les valeurs et la façon de vivre
occidentales sont menacées,
mais que l'Ouest lutte pour appeler à la
volonté de les défendre. Les menaces-clés sont les suivantes :
Le fondamentalisme politique et religieux ;
Le "côté sombre" de la mondialisation, c'est à dire le terrorisme
international, le crime organisé et la propagation des ADM ;
Le changement climatique et la sécurité énergétique, entraînant une
compétition pour les ressources et une migration "environnementale"
potentielle sur une échelle massive ;
L'affaiblissement de l'Etat-nation, ainsi que celui des organisations telles
que l'ONU, l'Otan et l'UE.
Pour convaincre, ces généraux appellent à une révision des méthodes de
prise de décision de l'Otan et à un nouveau "directoire", constitué des
dirigeants étasuniens, européens et de l'Otan. Parmi les changements les
plus radicaux exigés se trouvent :
Un changement dans la prise de décision dans les organes d l'Otan,
passant du consensus au vote à la majorité, signifiant une action plus
rapide avec la fin des vétos nationaux ;
L'abolition des notifications d'opposition nationales dans les opérations de
l'Otan, comme celles qui ont empoisonné la campagne afghane ;
Aucun rôle dans la prise de décision sur les opérations de l'Otan pour les
membres de l'alliance qui ne prennent pas part aux opérations ;
L'usage de la force sans l'autorisation du Conseil de Sécurité de l'Onu,
lorsqu'une "action immédiate est nécessaire pour protéger un grand
nombre d'êtres humains".
Dans le sillage de la dernière querelle sur la performance militaire en
Afghanistan, déclenchée lorsque le secrétaire US à la défense, Robert
Gates, a dit que certains alliés étaient incapables de conduire la contre-
insurrection, les cinq personnages de premier plan au c˛ur de
l'establishment militaire occidental déclarent aussi que l'avenir de l'Otan est
sur la brèche dans la province du Helmand.
"La crédibilité de l'Otan est en jeu en Afghanistan", a déclaré Van den
Breemen.
"L'Otan est à un carrefour et encourt le risque de l'échec", selon le
manifeste.

Naumann a livré une attaque cinglante contre la performance de son
propre pays en Afghanistan. "Le temps est venu pour l'Allemagne de
décider si elle veut être un partenaire fiable". En insistant sur les "règles
spéciales" concernant ses forces en Afghanistan, le gouvernement de
Merkel à Berlin a contribué à la "dissolution de l'Otan".

Ron Asmus, le chef du groupe de réflexion du Fonds Marshall Allemand à
Bruxelles et ancien haut fonctionnaire du département d'Etat américain, a
décrit ce manifeste comme "un appel à se réveiller". "Ce rapport signifie
que le c˛ur de l'establishment de l'Otan dit que nous avons des problèmes,
que l'Ouest est à la dérive et que nous ne faisons pas face aux défis".

Naumann a concédé que le maintien du projet de l'option d'une primo
attaque nucléaire était "controversée", même parmi les cinq auteurs. Inge
a argumenté que "nous lier les mains avec une primo utilisation ou non
supprime un pan énorme de la dissuasion". Se réserver le droit d'initier
une attaque nucléaire était un élément central de la stratégie occidentale
de la Guerre Froide pour vaincre l'Union Soviétique. Les détracteurs
soutiennent que ce qui était un instrument productif pour intimider une
superpuissance n'est plus approprié.

Robert Cooper, un façonneur influent de la politique étrangère et de
sécurité européenne à Bruxelles, a dit qu'il était "déconcerté". "Peut-être
allons-nous utiliser les armes atomiques avant les autres, mais je
montrerais de la circonspection pour le dire à voix haute". Un autre
responsable de l'UE a dit que l'Otan avait besoin de "repenser sa posture
nucléaire parce que le régime de non-prolifération nucléaire est
énormément sous pression".

Naumann a suggéré que la menace d'une attaque nucléaire était le conseil
du désespoir. "La prolifération s'étend et nous avons très peu d'options
pour l'arrêter. Nous ne savons pas comment la traiter".
L'Otan avait besoin de montrer qu'il y a "un gros bâton que nous pourrions
utiliser s'il n'y a aucune autre option", a-t-il déclaré.

Les Auteurs :

John Shalikashvili
Militaire le plus important des Etats-Unis sous Bill Clinton et ancien
commandant de l'Otan en Europe, Shalikashvili est né à Varsovie de
parents géorgiens et à émigré aux Etats-Unis à l'apogée du stalinisme en
1952. Il est le premier émigré aux Etats-Unis à avoir gravi les échelons
pour devenir un général quatre-étoiles. Il a commandé l'Opération
Apporter du Confort, au nord de l'Irak, à la fin de la première guerre du
Golfe. Ensuite il est devenu Saceur, le commandant suprême des alliés de
l'Otan en Europe, avant que Clinton ne le nomme président de l'état-major
interarmées en 1993, un poste qu'il a tenu jusqu'à sa retraite en 1997.

Klaus Naumann
Considéré comme l'un des tout premiers stratèges militaires de l'Allemagne
et de l'Otan, Naumann a servi en tant que commandant des forces armées
de son pays entre 1991 et 1996, lorsqu'il est devenu président du comité
militaire de l'Otan. Sous son mandat, l'Allemagne a surmonté son tabou
d'après Deuxième Guerre Mondiale concernant les opérations de combat,
avec la Luftwaffe qui s'est envolée pour la première fois depuis 1945 dans
la campagne aérienne de l'Otan contre la Serbie.

Lord Inge
Le Maréchal Peter Inge est l'un des tout premiers officiers de Grande-
Bretagne, qui a servi en tant que chef d'état-major entre 1992 et 1994,
puis comme chef de l'état-major de la défense entre 1994 et 1997. Il a
aussi servi dans l'enquête Butler sur les armes de destruction massive de
Saddam Hussein et dans les services secrets britanniques.

Henk van den Breemen
Organiste accompli qui a joué à l'Abbaye de Westminster, Van den
Breemen est l'ancien chef d'état-major néerlandais.

Jacques Lanxade
Amiral français et ancien chef de la navale, il a été aussi chef d'état-major
de la défense française.


      
 


01/04/2008
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