Immigration/Intégration : un essai d’évaluation

Société

Colloque sur « Immigration/Intégration : un essai d’évaluation
des coûts économiques et financiers »
17 novembre 2005

Dans le cadre de la Fondation Singer-Polignac, le 17 novembre 2005 s’est tenu
un colloque organisé par Yves–Marie Laulan, président de l’Institut de
géopolitique des populations, avec pour thème : « Immigration/Intégration : un
essai d’évaluation des coûts économiques et financiers ».


Polemia remercie Yves-Marie Laulan de l’avoir autorisée à mettre sur son site les
trois contributions suivantes :
-I Introduction, par Yves-Marie Laulan, président ;
-II Immigrations : quels coûts pour les finances publiques ? par Jacques
Bichot, professeur à l’Université Jean Moulin (Lyon 3) ;
-III L’effort national à consentir, par Yves-Marie Laulan, président.


Polemia
5/12/05


I -Introduction

par Yves-Marie Laulan

Nous abordons ici aujourd’hui avec ce colloque, qui prend un singulier relief à la
lumière des récentes émeutes urbaines, un des problèmes socio-économiques les
plus opaques, les mieux gardés et les plus controversés de notre temps : les
coûts économiques et financiers de l’immigration et de l’intégration des
communautés issues de l’immigration. Je reprends la formule du rapport Seguin.
Ce qui nous amènera à nous demander au passage si la France a fait assez, ou
pas assez, et si elle l’a fait à bon escient, en faveur des populations issues de
l’immigration. Il est vrai que cette question semble contenir sa propre réponse, si
l’on en juge par ce qui vient de se passer un peu partout sur notre territoire.

1°/ Mais tout d’abord, il faut s’interroger sur le fait de savoir si le couple
immigration/intégration se traduit par un bénéfice économique, ou un avantage,
pour le pays d’accueil, le nôtre en l’occurrence, comme on l’a longtemps soutenu
de façon péremptoire. L’on songerait ici à tel ancien ministre, qui a fait son
chemin depuis, lequel intitulait lyriquement son livre « L’Immigration, une
chance pour la France » ou tel autre qui assimilait poétiquement les travailleurs
immigrés aux bâtisseurs de ces cathédrales modernes que sont nos HLM.

2°/ A l’opposé, nombreux sont ceux qui ont soutenu exactement le contraire :
l’immigration coûte plus, voire bien plus, qu’elle ne rapporte, en termes
économiques et financiers, s’entend. Car il n’est évidemment pas question ici de


s’attarder sur des considérations touchant à l’identité nationale ni aux difficultés
sociales bien connues associées à l’intégration de communautés issues d’un
environnement religieux, linguistique, culturel très différent du nôtre, difficultés
dont les dernières semaines ont donné la mesure, pour ceux – car il y en a – qui
en doutaient encore.

Mais posons-nous au préalable la simple question de savoir si, sur le plan de
l’économie nationale, l’arrivée d’étrangers, le plus souvent peu ou pas qualifiés :

a) dans une société à haut niveau de protection sociale et disposant de

bénéfices sociaux généreux – en termes d’emploi, de chômage, de santé,

de retraite, de logement, d’éducation, etc. ;

b) dans une économie qui se veut moderne, qui fait de plus en plus appel à la

haute technicité, qui exige des connaissances technologiques avancées ;

cette arrivée, donc, ces flux migratoires, se traduisent, pour la première
génération et celles qui suivent, par un bilan positif pour la société d’accueil et
pour l’économie d’accueil ?

Evidemment la question ne se pose même pas pour des immigrés qui viennent
en France au nom du droit au regroupement familial ou du droit d’asile – plus de
100 000 par an, soit, sur trente ans, 2,5 millions à 3 millions de personnes –,
dont une bonne partie est constituée de femmes et d’enfants et qui émargent
dans l’instant aux comptes sociaux.

Mais pour revenir à la question posée plus haut, nous sommes en présence d’un
problème de «cost/benefit » comme le diraient nos amis anglo-saxons – que
mon ami Toubon veuille bien me pardonner cet horrible anglicisme – ou, si vous
préférez, la « balance des paiements », si je puis m’exprimer ainsi, des
communautés d’origine immigrée, est-elle positive ou négative ? Vaste question,
d’une grande complexité comme nous allons le voir, qui suppose en premier lieu
un inventaire et une estimation des coûts et des dépenses de la puissance
publique, l’Etat et les collectivités locales, à des titres très divers.

3°/ Sur ce chemin « montant, sablonneux, malaisé », comme aurait dit le bon La
Fontaine, nous ne sommes néanmoins pas totalement dépourvus de repères sous
la forme de quelques travaux :

a) Voici quelques années, un rapport, qui a eu son heure de célébrité, a été
publié sur ce sujet par un expert d’un parti politique qui avait fait son cheval de
bataille de la lutte contre l’immigration. Mais, comme l’a dit toujours La Fontaine,
« un auteur gâte tout quand il veut trop bien faire ». Et il est permis de penser
que les estimations dudit rapport étaient quelque peu surestimées, peut-être
d’ailleurs en partie faute de données fiables disponibles ;

b) En second lieu, un précédant colloque intitulé « Ces migrants qui changent la
face de l’Europe », que nous avions organisé dans cette même enceinte, avait
permis d’avancer – avec toute la prudence et les précautions nécessaires – que
les communautés immigrées en France n’étaient en mesure de couvrir qu’environ
les deux tiers de leurs coûts en matière de chômage. Voilà qui avait, en principe,
le mérite d’être à peu près clair ;


c) Là-dessus, voici que de l’autre côté du Rhin, en Allemagne, une étude,
totalement indépendante, du professeur Birg, économiste et démographe, de
l’Université de Bielefen, fort honorablement connu, a été récemment publiée.
Que nous dit cette étude ? Le professeur Birg a ainsi calculé que les recettes
versées par la communauté turque résidant en Allemagne, sous forme d’impôts
et de cotisations sociales, ne compensaient qu’à hauteur des deux tiers les
prestations perçues au titre de la santé et du chômage.

Voilà donc deux études totalement indépendantes, réalisées dans deux pays
différents, qui semblent parvenir aux mêmes conclusions. Ce qui n’est pas
inintéressant.

d) Puis voici le rapport Seguin, du nom de l’actuel président de la Cour des
comptes dont on connaît la rigueur intellectuelle. Armé de l’appareil statistique
de l’Etat, ce dernier s’est attaqué avec courage et obstination – car il en fallait –
à un premier inventaire des coûts directs pour la puissance publique résultant de
l’immigration. Il en ressort deux constations simples : tout d’abord ces coûts
sont considérables – on s’en doutait –, ensuite ces coûts sont largement sous-
estimés et cela pour au moins deux raisons, comme nous le dit expressément le
rapport :

– en premier lieu, les administrations concernées ne disposent pas des données
requises, loin de là ; au surplus, elles ne manifestent aucun enthousiasme à les
fournir ;
– en second lieu, ces dépenses sont souvent impossibles à identifier, en raison
des multiples lois, conventions et règlements visant, en principe, à protéger les
libertés publiques et privées, la CNIL, la Convention des Droits de l’homme et
que sais-je encore, qui résultent dans ce travers bien français que le grand
démographe Alfred Sauvy appelait déjà « le refus de savoir ».
Autrement dit – et pardonnez-moi d’être aussi explicite – il n’y a pas grand chose
à tirer de ce rapport si ce n’est un inventaire méticuleux des lacunes de nos
connaissances et de la méthodologie requise pour les combler. Ce qui est
évidemment déjà beaucoup.

On pourrait ajouter, pour compléter ce tableau, que, quels que soient ses
mérites, le rapport Seguin n’éclaire, et encore d’une bien pâle lueur, que l’un
des deux versants de la montagne : les coûts de l’immigration. Il laisse, par
contre, totalement dans la pénombre l’autre face : les coûts de l’intégration, sur
lesquels nous allons précisément tenter, vaille que vaille, de jeter quelque
lumière. Or ces coûts, directs ou indirects, immédiats ou différés, qui se
traduisent par autant de dépenses pour la puissance publique et pour ses
démembrements, les entreprises publiques, SNCF, RATP, mais aussi les
compagnies d’assurances, s’accumulent en autant de strates enchevêtrées qui en
rendent l’inventaire bien ardu.

En effet, comme le fait le rapport Seguin, additionner le coût des nuits d’hôtels
pour le logement des clandestins ou des demandeurs de droits d’asile en instance
de décision administrative est relativement simple. Calculer le coût pour le
budget de la construction de logements sociaux subventionnés par l’Etat pour
loger des immigrés légalement installés sur le territoire est une tout autre
affaire. Idem pour le surcoût résultant d’une éducation spécialisée en faveur


d’enfants défavorisés issus de familles peu familières avec l’usage de la langue
française ; même chose pour le surcoût lié à la délinquance ou au maintien de
l’ordre, sans parler des fraudes dans le métro, la SNCF, les problèmes des
hôpitaux débordés dont le fonctionnement est gravement perturbé. Faut-il y
inclure le coût de tout ou partie des 300 000 emplois « jeunes », j’ai envie de
dire « faux emplois », créés à la hâte pour « éponger » la masse des Jeunes au
chômage faute de qualification ?

La liste de ces surcoûts est infinie. Elle concerne en réalité pratiquement toutes
les facettes de la société française, dans une France qui a voulu, un moment, se
poser en société d’accueil à vocation universelle contrainte aujourd’hui, bon gré
mal gré, d’accueillir, comme le disait Michel Rocard, une partie de la « misère du
monde ». Qu’il s’agisse du droit d’asile, du regroupement familial ou d’autres
droits encore, la France s’est voulue et se veut encore généreuse. Mais voilà. La
générosité a un coût.

4°/ Or le malheur veut que les ressources de la nation, les ressources de l’Etat
ne sont pas indéfiniment extensibles. Elles le sont d’autant moins que, depuis
quelques années, la croissance s’est ralentie à des taux compris entre 1,5 et 2 %
l’an contre 3 et 3,5 % autrefois ; que le taux de chômage, devenu structurel
depuis une trentaine d’années, reste obstinément fixé autour de 10 % de la
population active ; que le déficit budgétaire tourne autour de 3,6 % année après
année ; si bien que l’endettement public dépasse 66 % du PIB, contre 30 % voici
vingt ans, lourd héritage que nous allons léguer à nos enfants et petits-enfants
qui vont devoir payer les notes accumulées depuis dix ans sinon plus. Et cela
alors que chacun sait que le prix du pétrole, porteur d’inflation à terme, va
continuer de croître ; que nous sommes à la veille d’un énorme afflux de
personnes âgées, plus de 5 millions nous dit-on, porteuses de nouveaux droits à
la retraite.

Pour faire face à toutes ces obligations, il faudra des ressources, beaucoup de
ressources. Il s’agit donc pour nous de muscler notre productivité pour doper
notre croissance, pour faire face à une mondialisation inévitable et pour réussir
l’intégration des communautés immigrées. Il faut mettre un terme aux
dissimulations bien pensantes et aux demi-vérités qui ont eu cours jusqu’à
maintenant. Car, sans aucun doute, les Français devront se serrer la ceinture.
Autant qu’ils le sachent dès maintenant, pour mieux l’accepter. C’est le prix, sans
doute très élevé, à payer pour ne pas sombrer dans le chaos.

Peut-on, dans un tel contexte, répéter ce que disait, voici quelques années, une
dame ministre que je ne citerai pas, laquelle proclamait haut et fort qu’elle ne
voulait pas être «le ministre des comptes ». Car le temps est venu pour la
France de faire ses comptes en matière d’immigration et d’intégration, comme
dans d’autres domaines, pour mieux préparer, pour mieux réussir, notre avenir
commun. C’est à cet exercice que nous sommes conviés aujourd’hui.

II -Immigrations : quels coûts pour les finances publiques ?

par Jacques Bichot


Quelques événements récents font que la présente étude s’inscrit dans un
contexte émotionnel qui rend à la fois plus difficile et plus nécessaire l’objectivité
scientifique :

-Les incendies de squats parisiens occupés par des immigrés ;
-L’incendie survenu dans un centre de détention pour immigrés à
Amsterdam ;
-Les « échelles de Mellila », symboles de la ruée vers l’Europe de foules
africaines ;
-Le démantèlement, au Royaume-Uni, d’un réseau mafieux spécialisé dans
l’acheminement et l’infiltration de clandestins ;
-Les émeutes dans diverses banlieues « chaudes » d’abord de l’Ile-de-
France puis de la France entière.

La première obligation scientifique quand on veut étudier tels ou tels effets de
l’immigration est l’emploi du pluriel : il existe une multitude d’immigrations, car
les contrées d’origine, les profils des immigrants, les conditions de leur entrée
sur le territoire et d’autres caractéristiques encore sont diverses, si bien qu’il ne
serait pas prudent de considérer a priori comme identiques les effets résultant de
ces différentes immigrations. Il arrive en France des retraités britanniques qui y
achètent une maison moins coûteuse que celle qu’ils occupaient outre-Manche,
des ingénieurs allemands qui s’y établissent pour y exercer leur métier, des
paysans maliens en quête de survie, des jeunes filles biélo-russes attirées par la
fallacieuse promesse de carrières de mannequins et qui s’y font exploiter par des
souteneurs : les problèmes rencontrés et posés ne sont pas les mêmes, non plus
que les effets pour le pays d’accueil et sa population. Les modèles du marché du
travail construits comme si tous les travailleurs potentiels étaient
interchangeables ont à juste titre fait l’objet de fortes critiques et ont désormais
leur place au musée des théories économiques ; il serait maladroit de ne pas en
tirer de leçon pour l’immigration.

Les effets économiques des immigrations, par définition, n’incluent pas les
conséquences du départ des migrants pour leur pays d’origine. Le fait de limiter
ainsi le champ des investigations ne signifie cependant pas que l’on puisse se
désintéresser de la question placée hors des limites de l’épure : le « brain drain »
peut constituer un handicap important pour certains pays, pour d’autres les
envois de fonds des émigrés sont une ressource qui compte beaucoup. Les
problèmes de ce type méritent de rester présents à l’esprit en arrière-plan,
même s’ils ne sont pas directement traités.

Sont également renvoyés à d’autres travaux, en dépit de l’importance du sujet,
les effets des immigrations sur les migrants eux-mêmes. Gagnent-ils au change,
ou bien sont-ils victimes d’une illusion d’optique en pensant être plus heureux
sous de nouveaux cieux ? Symétriquement, en dehors des impôts et cotisations
sociales qu’elles payent en plus ou en moins du fait des immigrations, quel est
l’impact de celles-ci sur les conditions de vie des populations autochtones ? Ce
sont deux vraies questions, complémentaires de celle sur laquelle se concentre la
présente étude, à savoir les coûts et avantages des immigrations pour les
finances publiques du pays d’accueil.

Ces coûts et avantages, il aurait été concevable de les évaluer séparément,
avant de faire une série d’additions et de soustractions pour déterminer le solde.


Ce n’est pas la méthode qui a été employée ici. En effet, pour la plupart des
postes examinés, les données disponibles conduisent plutôt à calculer une
différence de coûts résultant des caractéristiques des populations immigrées ou
issues de l’immigration, et plus précisément de leurs différences statistiquement
mesurables par rapport aux autochtones. N’ayant trouvé aucun poste pour lequel
la différence aille dans le sens de coûts moindres du fait de la présence de
populations immigrées et issues de l’immigration (pour faire court, nous dirons
« allochtones »), nous ne pratiquerons pas la langue de bois et parlerons tout
simplement de surcoûts. Chaque fois que cela a été possible, ces surcoûts ont
été calculés de la manière suivante : on soustrait au coût observé le coût qui
aurait prévalu si la totalité de la population avait eu les caractéristiques
statistiques des autochtones. Par exemple, quel aurait été le coût du système
carcéral si la sous-population allochtone avait les mêmes taux d’incarcération
que la sous-population autochtone ?

Tel est pour l’essentiel le contenu et la méthode de la plus longue partie du
présent travail, la seconde. Il aurait été possible d’en rester là. Cependant, pour
bien marquer que les coûts et avantages qui intéressent les économistes ne sont
pas seulement ceux qui se traduisent par une dépense monétaire, une première
partie est consacrée à montrer la diversité des coûts et avantages sur lesquels il
conviendrait de réaliser des investigations. Elle aura l’utilité d’établir clairement
le caractère très partiel du travail réalisé et la nécessité de le poursuivre.

1/ Les notions de coût et d’avantage, s’agissant des immigrations

Qu’est-ce qu’un coût, qu’est-ce qu’un avantage ? Pour l’économiste, le coût
monétaire n’est qu’une composante du coût total, et de même en ce qui
concerne les avantages. Par exemple, pour déguster chez soi un bon repas, il ne
faut pas seulement dépenser de l’argent pour en acheter les ingrédients, il faut
aussi consacrer à sa préparation et à ses suites du temps, de l’énergie, des
compétences, qui auraient pu être employés autrement. Il se peut que faire les
courses, cuisiner, dresser la table, laver la vaisselle et ranger représente un coût
(non monétaire) qui dépasse le montant des achats effectués. De même le
salaire ne résume-t-il pas l’avantage lié à un emploi : il faut prendre en compte
l’agrément éventuel de ce travail, les relations qu’il rend possibles, la
considération qu’il procure, etc.

De manière générale, il y a coût dès lors qu’il est fait usage de ressources rares.
Cependant, la référence à la mobilisation de ressources rares ne suffit pas : il
convient également de prendre en compte les agréments ou désagréments
découlant de cette mobilisation, ce qui complique les choses, car ils ne sont pas
identiques pour les différents acteurs concernés. Si une personne adore cuisiner,
tandis qu’elle déteste faire les courses, le temps qu’elle a passé devant ses
fourneaux n’est pas de son point de vue un coût, mais plutôt un plaisir, une
détente, à la différence de celui qu’elle a sacrifié en se déplaçant jusqu’aux
magasins et en y faisant la queue. En revanche, pour ses enfants qui espéraient
jouer avec elle, ces deux emplois du temps paternel ou maternel constituent à
égalité des coûts découlant du dîner organisé par leurs parents. Les notions de
coût et d’avantage ne relèvent donc pas de « l’en soi » (une réalité objective que
chacun percevrait de la même manière) mais du « pour soi » (un ressenti
personnel, éventuellement fort différent d’un individu à l’autre). Cette remarque
vaut d’ailleurs pour l’argent comme pour les coûts et avantages non monétaires :
cent euros constituent pour le pauvre une somme qu’il est merveilleux de


recevoir, et tragique d’avoir à débourser, tandis que pour le riche elle compte à
peine. La monnaie ne constitue l’étalon de la valeur que dans le cadre de
théories économiques très rudimentaires. Il convient donc de toujours préciser le
SUJET (« pour qui ? ») des coûts et avantages dont il est question.

Concernant les immigrations, l’étude des coûts et avantages ne saurait donc se
limiter aux aspects monétaires, ni prétendre à cette forme d’objectivité qui
permettrait de les mesurer sans avoir à se soucier de savoir POUR QUI il s’agit
d’un coût ou d’un avantage. Les coûts pour l’immigrant, les coûts pour les
habitants du pays de départ, les coûts pour ceux du pays d’arrivée sont choses
différentes, dont l’argent ne constitue qu’une partie. Et concernant la troisième
catégorie de sujets des coûts et avantages, objet de la présente étude, il existe
d’importantes différenciations. Par exemple, l’arrivée d’immigrés d’origine
culturelle non occidentale coûte davantage aux autochtones modestes, dans les
quartiers desquels ils s’installent, s’ils font l’objet de peu d’efforts d’a-culturation
de la part des pouvoirs publics, et davantage aux gros contribuables, si les
pouvoirs publics s’occupent très activement d’eux. Cela explique que les « petits
blancs » soient en moyenne davantage hostiles que les habitants des beaux
quartiers à l’immigration maghrébine et africaine avec a-culturation et
intégration limitées qui se pratique actuellement en France.

Les coûts de l’immigration peuvent prendre des formes difficiles à quantifier
monétairement, par exemple lorsqu’il s’agit d’une dégradation de capital national
immatériel. Prenons un exemple. La Cour des comptes (2004) rapporte (p. 201)
qu’en 2002 les préfets ont signé 21 621 arrêtés de reconduite à la frontière avec
interpellation, dont seulement 11 621 ont fait l’objet d’une saisine du Bureau de
l’éloignement de la Direction centrale de la police aux frontières, sur lesquels
6 967 ont finalement été exécutés. Le fait que deux arrêtés sur trois restent sans
effet a un coût non monétaire important : la détérioration de l’autorité
préfectorale, et par là même de l’autorité de l’Etat. Le capital immatériel qu’est
l’autorité des représentants du pouvoir exécutif légal s’érode ainsi
progressivement. Que l’on effectue ou non une estimation monétaire de la valeur
de ce capital (nous nous y essayerons, malgré la difficulté de l’entreprise), il est
clair que sa diminution est une perte de richesse, une destruction de valeur.

La Cour manifeste d’ailleurs sa sensibilité au problème de dégradation du capital
immatériel quand elle expose (p. 196) que les immigrants en situation régulière
sont victimes de l’immigration irrégulière, parce que celle-ci ternit leur image :
« une partie de l’opinion sera tentée de faire l’amalgame, l’immigration en
général étant alors assimilée à l’insécurité et à la délinquance alors que leur
rapprochement ne peut être partiellement légitime qu’avec une certaine forme
d’immigration irrégulière. » Certes, le raisonnement de la Cour est entaché
d’erreur manifeste : il faut n’avoir jamais lu Sebastian Roché ni aucun spécialiste
du sujet pour postuler que seule l’immigration illégale contribue à augmenter
l’insécurité et la délinquance. Une analyse plus réaliste serait la suivante : la
présence d’une proportion élevée de délinquants et de fauteurs d’incivilités parmi
les immigrés en provenance de certaines origines et leurs descendants porte
préjudice aux immigrés honnêtes et respectueux des personnes et des biens
dont les apparences physiques sont semblables. Mais l’erreur commise par les
rapporteurs de la Cour ne supprime pas le mérite qu’ils ont eu en reconnaissant
le coût non monétaire qu’est la détérioration de la réputation attachée à une
catégorie de personnes lorsque certains membres de cette catégorie se


conduisent mal. L’économie des conventions, comme la sociologie, a montré
l’importance de la réputation, du capital de confiance dont bénéficie une
personne ou catégorie de personnes : la diminution de ce capital est une perte
de richesse. De tels destructions de valeur, lorsqu’elles sont la conséquence de
certaines immigrations, font partie de leur coût.

2/ Essai de recension et d’évaluation des surcoûts budgétaires

2.1. Justice et maintien de l’ordre
Il ne s’agit pas de rendre certaines immigrations responsables de toute
diminution de l’autorité des représentants de la loi : l’inflation législative et
réglementaire, le manque de professionnalisme de nombre de responsables
politiques, la sclérose administrative, l’évolution des moeurs et des mentalités, le
rôle joué par les médias dans cette évolution, et d’autres facteurs encore, sont à
prendre en compte. Il n’en reste pas moins que l’arrivée relativement massive de
personnes que les autorités ne savent pas par quel bout prendre a contribué et
contribue à rendre leur travail plus difficile, à engorger les circuits, à créer des
zones dites « de non-droit » (1) où les caïds locaux, soucieux de protéger leur
« business » (notamment le trafic de drogue) excellent à dresser contre elles la
population, particulièrement allochtone, et à donner aux représentants de la loi
le sentiment d’être rejetés comme le serait une armée d’occupation.

Pour la protection du « business » délinquant ou criminel, la constitution de
ghettos ethniques est excellente, ce qui conduit les caïds à accentuer le
mouvement naturel de concentration des populations issues de l’immigration mis
en évidence par le rapport du Conseil économique et social (2003) et celui de la
Cour des comptes (2004). Les forces de l’ordre ne comprennent pas ce que
disent les habitants s’ils décident de parler la langue de leur pays d’origine ; il est
dès lors assez facile d’empêcher les contacts autres que conflictuels entre elles et
la population. Les jeunes, dont les parents sont désorientés par l’écart qui existe
entre le monde où ils ont eux-mêmes acquis leurs repères et celui où ils vivent,
sont massivement manipulés par les narcotrafiquants, comme ils le sont ailleurs
(mais cela commence en France) par les terroristes islamistes. Il n’est pas très
difficile de les dresser à jeter des pierres contre les voitures de police ou de
pompiers, la tactique de l’Intifada étant connue des leaders, et à brûler des
voitures lorsque se présente une occasion amplificatrice de « la haine » qui les
habite.

Dès lors, la moindre action de police requiert l’intervention d’effectifs importants.
Et comme les banlieues « chaudes » ne sont pas l’endroit le plus agréable pour
exercer le métier de maintien de l’ordre, on assiste à une répartition des effectifs
qui maximise l’utilité des fonctionnaires plus que celle de la population : selon
Bauer et Raufer (2001) il y avait en 1999 119 habitants pour un policier à Paris,
395 en petite couronne et 510 dans la grande couronne, là où la densité de
crimes et délits est maximale. Un plan de redéploiement a certes été lancé en
1999, mais il ne semble pas avoir eu tous les effets escomptés.

A cela il convient d’ajouter le taux devenu fort bas des procédures pénales par
rapport aux faits vraisemblablement délictueux ou criminels : en 1999, 86 % de
classement sans suite sur 4 600 000 procès-verbaux ou dénonciations traités par
les parquets, qui croulent sous le travail, dont 3 320 000 classements sans suite
(67 %) parce que « l’enquête n’a pas permis d’identifier l’auteur de l’infraction ».


Cela signifie une certaine impunité pour les délinquants, d’autant plus que la
moitié des faits délictueux (et plus de 99 % des incivilités) ne sont pas signalés à
la police.

Quelles responsabilités les immigrations portent-elles dans cette érosion de
l’autorité républicaine ? Faute d’études circonstanciées, que dissuade le tabou
relatif aux rapports entre immigrations et délinquance, on ne peut proposer que
des estimations grossières. Pour effectuer ces premières approximations, avant
de lancer un chiffre relatif aux effets de la diminution de l’autorité de l’Etat, on
risquera d’abord une estimation de l’augmentation du nombre de policiers, de
fonctionnaires du ministère de la Justice et des budgets de fonctionnement
associés, nécessaire pour faire face au surcroît de travail résultant de
l’immigration. Plus précisément, nous prendrons comme indicateur la part des
crimes et délits, et celle des incarcérations, qui résultent de la différence
d’occurrence de tels phénomènes chez les allochtones et chez les autochtones
respectivement. Par exemple, s’il est vrai comme l’indique Geneviève Guérin
(2003) que la population carcérale de sexe masculin est constituée à 24 %
d’hommes nés à l’étranger alors que dans l’ensemble de la population masculine
le pourcentage est de 13 %, nous considérerons (moyennant quelques
applications de la règle de trois) (2) que l’immigration majore de 14 % les coûts
du système carcéral, à qualité égale (et médiocre, comme chacun sait). Cette
méthode ne permet pas de ventiler ce surcoût entre les diverses immigrations
mais elle a l’avantage de pouvoir être effectuée avec les statistiques judiciaires
ou carcérales disponibles, dans lesquelles les ventilations requises ne figurent
souvent pas.

Sachant que les hommes nés en France mais issus de certaines immigrations (la
« seconde génération ») ont fort probablement, eux aussi, une propension à être
incarcérés plus forte que la moyenne, le pourcentage de majoration égal à 14 %
peut être considéré comme insuffisant. Nous ne connaissons malheureusement
pas leur part dans les effectifs carcéraux. Force est donc d’en rester à une valeur
plancher de 14 % de majoration de frais carcéraux attribuable au fait
migratoire, avec la perspective de monter par exemple à 18 % ou 20 % si des
statistiques relatives à la seconde génération étaient disponibles.

En ce qui concerne l’activité des tribunaux, de la police et de la gendarmerie, on
ne dispose semble-t-il que de statistiques par nationalité. En 1999, 2000 et
2001, selon « Etudes et statistiques justice » n° 19 et 20, les condamnations au
pénal concernent pour 87 % des Français et pour 13 % des étrangers. Il faut
donc procéder à des interpolations, toujours risquées, pour connaître la part des
immigrés. Selon Borrel et Durr (2005), la collecte 2004 de données en vue du
recensement donne 9,6 % d’immigrés dont 5,66 % d’étrangers dans la
population de 18 ans et plus. Remarquons au passage la différence considérable
qui sépare ce 9,6 % du 13 % précédent, lequel ne concernait que les hommes
(pas seulement majeurs), mais qui peut être transposé à la population totale si,
comme l’écrivent Borrel et Durr, les femmes composent 50,3 % de la population
immigrée. Si l’on néglige la différence (inconnue) qui peut exister entre la sur-
condamnation des étrangers mineurs et celle des étrangers majeurs, le
coefficient de sur-condamnation des étrangers est 2,3. Supposons que ce
coefficient soit un peu plus faible pour les immigrés ayant acquis la nationalité
française, par exemple 2 : on aboutirait à 9,6 % de la population concentrant
20,9 % des condamnations (coefficient 2,18). Un calcul analogue à celui effectué


précédemment pour la population carcérale fournit alors une majoration des frais
de justice et, s’ils se répartissent semblablement, de l’ensemble police et
gendarmerie, de 14,3 % du fait de l’existence de l’immigration. (Il est équivalent
de dire que les frais seraient, à service rendu équivalent, inférieurs de 12,5 % si
la population, numériquement égale, ne comportait pas d’immigrés.)

Cette proximité avec le chiffre obtenu pour la prison (14 %) et le fait qu’il s’agit
dans les deux cas d’un plancher ne tenant pas compte des surcoûts inhérents à
la « seconde génération » nous incitent à retenir pour l’ensemble du budget de la
justice et des forces de l’ordre une majoration due à l’immigration, ou plus
exactement à certaines des immigrations, de 14 % pour les immigrés au sens
strict, et sensiblement supérieure (18 % ? 20 % ?) si l’on tient compte de la
descendance des migrants (3).

Le budget 2005 consacrait 5,46 Md€ à la justice, 5,77 à la police nationale et
5,94 à la gendarmerie, soit au total 17,17 Md€ pour les fonctions qui nous
intéressent ici. Sur cette base, le surcoût dû aux immigrations s’élève à 2,11 Md€
pour les seuls immigrés et peut monter à 2,86 Md€ en tenant compte de la
seconde génération. La dépense « profitant » aux immigrés, quant à elle, s’élève
environ à 21 % de ces 17,17 Md€ (24 % pour l’incarcération, 20,9 % pour le
reste) soit 3,61 Md€. On peut donc considérer que les immigrés coûtent environ
3,61 Md€ au titre des fonctions justice et maintien de l’ordre, dont 2,11 Md€ de
surcoût dû à la propension à la délinquance très supérieure à la moyenne qui
s’observe pour certaines nationalités d’origine.

Quant à la baisse de l’efficacité des services concernés provenant de la part du
travail de sape de l’autorité de l’Etat attribuable à l’immigration, il nous paraît
difficile de l’estimer à moins de 5 %, soit environ le cinquième des effets de type
démoralisation, démotivation, désorganisation, pertes de temps provoquées par
les complications inutiles, que l’on peut globalement chiffrer à 25 % provenant
par parts égales des cinq facteurs recensés au début de cette section : l’inflation
des normes juridiques et leur manque de cohérence, l’amateurisme d’une partie
importante du personnel politique (4) et le manque de compétences
managériales de nombreux fonctionnaires d’autorité, l’évolution des mentalités
amplifiée par la démagogie des médias (5), la sclérose administrative générale et
les difficultés inhérentes à la multiplicité des langues, des cultures, des
situations, conséquence de diverses immigrations. Sur cette base, certes
discutable, 0,86 Md€ supplémentaires pourraient être portés au débit des
immigrations au titre de surcoût pour l’exercice des fonctions justice et sécurité.

2.2. Surcoûts et manque d’efficacité du système scolaire
La mise en oeuvre de la présentation du budget conformément à la Loi organique
relative aux lois de finance (LOLF) fournit pour 2006 un chiffrage global de la
« mission » enseignement scolaire : 19,5 % du budget de l’Etat, 59,7 Md€, en
hausse de 6,3 % sur l’année 2005. Par ailleurs, les données fournies par le
ministère de l’Education nationale (éditions annuelles successives de « L’état de
l’école ») montrent que le rapport entre le nombre des élèves et celui des
enseignants a fortement diminué depuis 1960 et est nettement inférieur à ce que
l’on observe dans divers pays de même niveau de développement. Pour le
premier degré, « les tailles moyennes de classes en maternelle et primaire se
situent maintenant aux environs de 26 et 23 élèves contre respectivement 40 et
30 au début des années 1960 ». Quant au second degré, y compris


l’enseignement privé sous contrat, il emploie 530 000 enseignants pour
6 520 000 élèves, soit 12,3 élèves par enseignant, contre 16,1 dans le
secondaire public en France en 1963-64 (nous n’avons pas le chiffre incluant le
privé, mais traditionnellement il fonctionne avec un peu moins d’enseignants en
proportion des élèves, donc son inclusion ne ferait pas baisser ce ratio). Aux
Etats-Unis, au Canada, au Japon, on compte plus de 15 élèves par enseignant
dans le second degré.

Autrement dit, le coût de l’enseignement est en France particulièrement élevé.
Dans les circonstances actuelles, où la modération des dépenses publiques est à
l’ordre du jour, la « sanctuarisation » de l’Education nationale se traduit par un
taux de progression des dépenses étonnamment élevé. D’où cela vient-il ? Le
mécontentement du corps enseignant, ses revendications, ses pressions de
toutes sortes en faveur d’une réduction du nombre d’élèves par classes ne
peuvent être mis purement et simplement sur le compte de la propension au
« toujours plus » dépourvu de justification que dénonçait François de Closets
(1982). Le corporatisme fournit certes une partie de l’explication, mais son
succès lui-même tient largement à l’exaspération des enseignants face à des
classes de plus en plus difficiles à « tenir » et à intéresser. Pourquoi les élèves
posent-ils ainsi à leurs enseignants des problèmes accrus et leur rendent-ils la
vie plus difficile au point de faire aspirer nombre d’entre eux à une retraite
précoce, comme on l’a vu durant les grèves et manifestations de 2003,
auxquelles les enseignants ont pris une large part ? La réponse figure dans la
plupart des livres de témoignages écrits par des « profs », par exemple Claire
Pentice (2004) : le métier est devenu dans bien des cas ingrat, voire
franchement pénible.

On peut donc estimer qu’une fraction importante de la diminution du nombre
d’élèves par classe depuis les années 1960 est à mettre au compte de certaines
immigrations. Quelle proportion ? Des études délicates seraient nécessaires pour
le déterminer de façon scientifique. En leur absence, nous avons retenu 50 %.
Ce chiffre laisse de la place pour les erreurs pédagogiques telles que la
systématisation de la méthode globale, dont les effets ont été étudiés par Liliane
Lurçat (1998). Il en laisse un peu moins pour le corporatisme d’une fraction
importante du corps enseignant, car il est probable que le succès des
revendications en termes de postes à créer doive beaucoup à l’aggravation des
conditions d’enseignement. Celles-ci sont beaucoup plus fortes dans certaines
zones que dans d’autres, mais la création des Zones d’éducation prioritaires
(ZEP) n’a pas suffi à éviter les effets d’entraînement provoqués par
l’égalitarisme, important chez les enseignants : si l’on diminue les effectifs par
classes dans des quartiers difficiles, les enseignants en poste dans des
établissements « normaux » verraient d’un mauvais oeil leurs effectifs rester
stables (6). Il existe aussi un effet d’entraînement relatif aux incivilités,
agressions et manques de motivation : la présence d’une proportion notable
d’élèves qui, mal insérés socialement du fait de leur origine, réagissent de façon
agressive (« la haine, la rage ») amène nombre de jeunes autochtones mal dans
leur peau à faire de même, si bien que les malaises et révoltes classiques de
l’adolescence et de la pré-adolescence s’expriment de façon plus brutale et plus
perturbatrice pour l’activité pédagogique. Les données démographiques, enfin,
nous paraissent de nature à justifier un pourcentage assez conséquent : la
proportion d’élèves immigrés ou issus de l’immigration, selon la Direction de
l’enseignement scolaire (DESCO), en y intégrant les enfants dont un des deux


parents seulement est immigré, dépasserait 20 % (Cour des comptes 2004,

p. 238).
Par rapport aux normes 1963-64, en désignant par M, P et S le nombre d’élèves
actuels dans les maternelles, le primaire et le secondaire respectivement, le
nombre d’enseignants supplémentaires est M/26 – M/40 ; P/30 – P/23 ; et
S/12,3 – S/16,1. Si l’on estime que les autres frais sont accrus
proportionnellement, et en suivant notre décision de retenir la moitié des frais
supplémentaires comme surcoût dû aux immigrations, en désignant par BM, BP
et BS respectivement les budgets des divers ordres d’enseignement, on obtient
comme surcoût la moitié de : BM (1 – 26/40) + BP (1 – 23/30) + BS (1 –
12,3/16,1).

Sachant que le budget de l’enseignement scolaire pour 2005 s’élève à 56,6 Md€,
dont 19 % pour le primaire public, 43 % pour le secondaire public, 12 % pour le
privé sous contrat et 26 % pour les services généraux, nous avons dû procéder à
quelques approximations pour déterminer BM, BP et BS, qui ne sont pas
directement fournis. D’abord parce que les dépenses des collectivités
territoriales, loin d’être négligeables, représentent selon « L’état de l’école »
32 % de celles de l’Etat, ce qui conduira à augmenter de ce pourcentage le
surcoût calculé à partir des seules dépenses de l’Etat. Ensuite parce que, le
ministère des Finances ne fournissant pas la répartition entre les scolarités
préélémentaire et élémentaire, nous avons dû procéder à cette répartition sur la
base des effectifs et des coûts unitaires fournis par « L’état de l’école » ; ces
derniers ne diffèrent d’ailleurs que de 8%. Se posait enfin le problème de la
ventilation des frais généraux, très élevés, et de l’enseignement privé sous
contrat : les frais généraux (26 % du total, donc 35 % des autres postes) ont été
traités en majorant de 35 % les résultats trouvés sans eux ; quant à
l’enseignement privé, la clef de répartition choisie correspond aux effectifs
enseignants : 15 % de ceux du public pour le premier degré, et 24,5 % dans le
second degré. Cela donne BM = 4,60 Md€ ; BP = 7,76 Md€ ; et BS = 30,3 Md€.

On en déduit comme surcoût pour la part prise en charge par l’Etat, sans les frais
généraux : 0,5 (1,61 + 1,81 + 7,15) et donc y compris frais généraux
(multiplication par 1,35) et collectivités territoriales (multiplication par 1,32) :
9,42 Md€. Ce mode de calcul a l’avantage de permettre une révision immédiate
si l’on estime excessif ou insuffisant l’attribution à l’immigration de la moitié de la
diminution des effectifs par enseignant : en ne retenant ce facteur que pour
30 %, on aboutit à un surcoût de 5,65 Md€, et en le poussant jusqu’à 70 % on
obtient 13,18 Md€. En tout état de cause, le surcoût engendré au niveau du
système scolaire par l’accueil de populations dont beaucoup d’éléments
éprouvent des difficultés à en suivre les règles, et qui posent ipso facto des
problèmes délicats, apparaît comme fort important, et l’on ne saurait trop
conseiller d’étudier cette question en détail, d’une part pour mieux cerner le
surcoût, d’autre part et surtout pour trouver le moyen de le diminuer.

On remarquera in fine que rien ne prouve que la diminution de la taille des
classes ait suffi à conserver la qualité de l’enseignement. C’est possible en ce qui
concerne la majorité des établissements, dans lesquels les immigrés et enfants
d’immigrés sont peu nombreux. En revanche, dans la minorité d’établissements
où se concentre la moitié de ces populations, les résultats scolaires sont tels qu’il
est permis d’en douter : notons par exemple (Cour des comptes, 2004, p. 236)


que sur 1000 élèves entrés en 6e en 1989, s’ils étaient de nationalité française
637 d’entre eux ont obtenu le baccalauréat, tandis que sur 1000 élèves de
nationalité étrangère, le nombre des lauréats tombe à 469. Quelle que soit
l’importance de l’effort consenti, s’agissant de l’intégration des jeunes immigrés
ou issus de l’immigration, le résultat n’est pas à la hauteur des attentes. Mais
peut-être la solution est-elle à rechercher davantage du côté de l’innovation
pédagogique que dans l’accroissement des moyens budgétaires ?

En tout cas l’enjeu est de taille. Relisons ce qu’écrivait Jacques Lesourne en 1988
dans une perspective prospective : « On ne peut exclure, pour le premier quart
du prochain siècle, des scénarios se traduisant pour la France et la communauté
européenne par un flux notable d’immigration en provenance du tiers-monde,
trois variantes extrêmes pouvant être a priori imaginées : celle d’une aculturation
progressive et sans heurt de la population immigrée au sein de la
population française ; celle de la coexistence pacifique entre la culture dominante
et plusieurs cultures minoritaires ; celle enfin de relations conflictuelles entre les
diverses communautés présentes sur le sol français, les manifestations hostiles
d’une minorité de Français s’opposant à la revendication brutale de leur identité
culturelle par une fraction des immigrants. Or, si l’immigration devait se
développer, c’est de l’école que dépendra largement l’émergence d’une variante
favorable ; une variante associant un certain degré d’a-culturation et d’ouverture
entre cultures. » Dix-sept ans plus tard, l’immigration en provenance du tiers-
monde a effectivement pris de l’ampleur, et c’est le troisième scénario qui
semble être en train de se réaliser. Si J. Lesourne a vu juste, le système scolaire
porte une lourde responsabilité en la matière. Faut-il dire que c’est lui qui est
coupable, où que le sont ceux qui ont permis l’arrivée d’un nombre trop
important de ressortissants du tiers-monde ? Le débat n’a pas plus d’intérêt que
la question de savoir si la bouteille est à moitié vide ou à moitié pleine. Le fait est
que la combinaison d’arrivées nombreuses en provenance du tiers-monde et d’un
système scolaire qui n’a pas su trouver les solutions adéquates a produit des
effets très négatifs, que les contribuables payent très cher, tandis que les
habitants des banlieues « chaudes » payent le prix le plus élevé, d’autant plus
élevé qu’il n’est pas monétaire. Pour n’avoir pas d’équivalent monétaire, la peur,
la haine, l’insécurité, le viol et la mort violente n’en sont pas moins des coûts
particulièrement considérables.

2.2.bis Les études supérieures

Depuis l’année universitaire 1998-99, où il y avait en France 150 000 étudiants
étrangers représentant 8,6 % des effectifs, on est passé en 2003-2004 à
250 000 et 13,7 % des effectifs (M.C. Tabet, « Le Figaro », 28 septembre 2005).
Ceux-ci viennent à 54 % d’Afrique, et à 16 % seulement de l’Europe des 15.
L’article cité fournit le chiffre de 2,4 Md€ pour l’accueil des étudiants concernés,
mais ce chiffre paraît très excessif sachant que le budget de l’enseignement
supérieur et de la recherche est de l’ordre de 7 milliards pour 2 millions
d’étudiants. Basons-nous donc sur 5 milliards de dépenses d’enseignement
supérieur (hors recherche) et sur le taux de réussite des étudiants étrangers,
égal à environ 65 % de celui des Français. Si l’on remplaçait les 250 000
étudiants étrangers par 162 500 nationaux, on aurait autant de résultats. Donc,
en termes de résultats universitaires, les frais relatifs à 87 500 étudiants
pourraient être économisés, soit 0,22 Md€. Cette estimation du surcoût paraît
modeste puisqu’elle ne prend pas en compte la part très importante des


étrangers dans les logements étudiants subventionnés, non plus que l’impact des
étudiants de nationalité française mais d’origine étrangère.

2.3. La protection sociale
La question a été traitée antérieurement (Bichot, 2004). Nous actualiserons donc
simplement les résultats présentés il y a deux ans, en renvoyant à l’article cité
pour ce qui est du détail de la méthodologie et des nécessaires précautions à
prendre pour les interpréter.

Rappelons que l’estimation se base sur le principe suivant : on regarde combien
les nationaux âgés de 15 à 64 ans et pourvus d’un emploi entretiennent d’inactifs
et de chômeurs dans la même tranche d’âge ; cela fournit le ratio national ; on
applique ce ratio à telle sous-population (dont on retient tous les éléments âgés
de 15 à 64 ans). Si cette sous-population comporte plus d’inactifs et de
chômeurs que le ratio national n’en fournirait, le produit du nombre de ces
inactifs et chômeurs en supplément par la dépense unitaire moyenne de
protection sociale fournit une estimation du surcoût « social » de cette sous-
population. En 2003, nous avions choisi comme sous-population l’ensemble des
allochtones, c’est-à-dire immigrés et fils ou filles d’immigrés, en nous limitant
aux allochtones d’origine extérieure à l’Union européenne, du fait que ceux
originaires des 15 pays formant alors l’UE avaient des taux d’activité et de
chômage qui ne différaient pas significativement de ceux des autochtones. Nous
aboutissions à 7 Md€ de coût net (dit ici « surcoût »).

Les comptes de la protection sociale relatifs à l’année 2004 indiquent des
prestations totalisant 480,4 Md€, ce qui fait, en arrondissant, 8 000 € par
habitant de la métropole. Les performances en matière d’emploi des immigrés
provenant de l’extérieur de l’UE ne se sont pas améliorées depuis notre
précédente étude :
a) Les taux de chômage étaient à l’enquête emploi de mars 2002 de l’ordre de
8 % pour les « non-immigrés » (comme le dit INSEE 2005 que nous suivons ici),
descendaient à 6 % pour les immigrés d’origine italienne, espagnole ou
portugaise mais montaient à 25 ou 26 % pour ceux qui viennent d’Algérie, du
Maroc et de Turquie. Ce décalage existe même pour les personnes ayant suivi
des études supérieures. Globalement, le taux de chômage des étrangers non
issus de l’UE était égal à 21,5 % en 2002, soit presque le triple du taux des
ressortissants de l’UE (7,4 %).
b) A l’enquête emploi 2004, dont certains résultats ne figurant pas dans « INSEE
Première » n° 1009 qui en rend compte ont heureusement été publiés par « Le
Monde » du 4 octobre 2005, le taux de chômage des Français de naissance se
situait à 9,2 % et celui des ressortissants de l’UE à 7,3 %, alors que l’ensemble
des Africains en était à 27,8 %, avec, pour les deux groupes les plus importants,
28 % pour les Algériens et 25,7 % pour les Marocains. Le taux de 14,4 % relatif
aux Français par acquisition reflète vraisemblablement la présence parmi eux
d’un fort contingent d’immigrés ou enfants d’immigrés en provenance des
nations dont les ressortissants ont en France des taux de chômage élevés.

A défaut de disposer de données plus récentes qu’en 2003 sur les allochtones
d’origine extérieure à l’UE, et constatant que la situation de cette catégorie ne
s’est en rien améliorée sur le plan de l’emploi, nous conserverons donc le chiffre
arrondi d’un million d’allochtones inactifs ou chômeurs à la charge des cotisants
nationaux ou provenant de l’Europe des 15. Cela donne 8 milliards de coût


annuel net pour le système français de protection sociale par rapport à la
situation qui serait la sienne si les allochtones d’origine extérieure à l’UE avaient
en matière d’emploi les mêmes performances que les nationaux.

A ces 8 milliards il convient d’ajouter 0,5 Md€ correspondant à l’aide médicale
gratuite de l’Etat, qui bénéficie aux seuls « sans papiers » (170 000 bénéficiaires
en 2003).

2.4. Logement, « politique de la ville » et services publics
Il est difficile de comptabiliser ce qui doit être retenu sous le poste « Politique de
la ville », car premièrement le budget 2006, présenté par « missions » selon les
nouvelles règles, présente sous ce titre des dépenses relevant de divers
ministères, dont l’Intérieur et la Défense (police et gendarmerie), qui comptent
en 2006 pour 1,8 Md€ et, deuxièmement, les collectivités locales sont très
impliquées (1,12 Md€ pour 2006, selon Anne Rovan dans « Le Figaro » du 9
novembre 2005), l’Union européenne apporte sa quote-part, la Caisse des dépôts
également. Au total, selon l’article cité, 34 Md€ auraient été dépensés depuis
2000, et l’enveloppe pour 2006 s’élèverait à 7,2 Md€. Par prudence, nous nous
limiterons à retenir comme surcoût non évalué par ailleurs 30 % des sommes,
estimées à 1,5 Md€ pour 2005, qui ne relèvent pas de l’Etat, soit 0,45 Md€, et
nous compterons le logement à part.

Le budget du logement se monte à 6,53 Md€ pour 2005 ; on peut lui ajouter
celui dit « Ville et rénovation urbaine » de 0,42 Md€, soit près de 7 Md€ au total.
Le parc de logement HLM comptait 3 721 000 logements en 2001, soit environ
3 830 000 en 2005 si le rythme d’augmentation est resté au niveau modeste
atteint en 2001. A défaut de statistiques, on peut supposer que les allochtones
occupent un vingtième de ces logements sociaux en supplément de ce qu’ils
occuperaient s’ils avaient le même taux d’occupation que les autochtones. Pour
d’autres formes de logement subventionné telles que les foyers de travailleurs
migrants, la proportion est évidemment très supérieure. Evaluer le surcoût à 6 %
du budget du logement, de la ville et de la rénovation urbaine, soit 0,42 Md€,
nous paraît donc très prudent, d’autant que cette estimation ne prend pas en
compte les différences de vitesse de détérioration moyenne selon l’origine des
locataires, sur lesquelles il ne semble pas y avoir de statistiques, mais dans le
sens desquelles vont nombre de témoignages.

— L’occupation et la détérioration des espaces publics —
Les communes et leurs groupements consacrent de gros budgets à aménager
des espaces publics tels que places, jardins, centres commerciaux, gares. Un
certain nombre de ces lieux sont plus ou moins squattés par des éléments de la
population qui se conduisent de manière discourtoise : leurs incivilités dissuadent
les personnes et familles plus civilisées de fréquenter ces lieux pourtant
construits avec leur argent, ou d’y envoyer leurs enfants (7). Tout observateur
impartial remarque que les allochtones d’origine extérieure à l’Europe des 15
sont là en proportion nettement supérieure à celle qu’ils occupent dans
l’ensemble de la population. A défaut de pouvoir en donner une estimation
chiffrée, il convenait de citer ce phénomène qui fait incontestablement partie du
coût de l’immigration.


— La détérioration des services publics —
Le personnel des transports en commun redoute de plus en plus les lignes de
certaines banlieues, et, lors d’événements comme la crise des banlieues de cet
automne 2005, les services de transport sont partiellement suspendus, causant
de sérieuses difficultés aux habitants des quartiers concernés. Par ailleurs, sans
sous-estimer la combativité « naturelle » des employés des transports en
commun, il n’est pas exclu qu’une partie de leur propension à faire grève de
manière fréquente et prolongée (cf. Marseille en octobre-novembre 2005) soit
due aux vexations et au sentiment d’insécurité qu’ils éprouvent lorsque leurs
fonctions les amènent dans des quartiers à fortes concentrations allochtones.
Certes, se faire injurier par un adolescent dont les ascendants sont français
depuis la nuit des temps n’est pas moins désagréable que de l’être par un jeune
Beur ; mais comme la proportion de ces derniers qui se livrent à des incivilités, à
des fraudes, à des détériorations de matériel et à des atteintes aux personnes
est indéniablement plus élevée, force est de considérer que l’immigration a accru
l’importance du problème et des coûts qui en découlent. Le contexte est celui de
politiques visant à dissuader les habitants des grandes agglomérations de se
déplacer en voiture, et à les pousser à emprunter les transports en commun par
une réduction des surfaces dévolues à l’automobile. Un tel contexte rend le
problème plus aigu. La population ressent douloureusement la contradiction
entre deux politiques, l’une qui rend indispensable le recours aux transports en
commun, et l’autre qui contribue à rendre ceux-ci irréguliers, peu fiables.

A titre de toute première estimation, on peut se baser sur le budget sécurité de
la RATP : 0,52 Md€. Ce chiffre doit être augmenté pour tenir compte de la fraude
et de la détérioration du matériel effectuée en dépit de la surveillance. Pour la
première, de l’ordre de 8 % du chiffre d’affaires à la RATP, elle atteint 0,69 Md€ ;
faute de données, nous chiffrerons modestement la seconde à 0,1 Md€, ce qui
amène en arrondissant à un total de 1,3 Md€. Connaissant les subventions grâce
auxquelles cet organisme, comme beaucoup de ses homologues, équilibre son
budget, on peut considérer que cette somme est prise en charge par les
contribuables et qu’il s’agit bien de finances publiques. Une grande partie de ces
1 300 millions serait évidemment nécessaire même en l’absence d’allochtones ;
cependant, on peut considérer que leur présence engendre un surcoût dans les
mêmes proportions que pour les forces de l’ordre, donc de l’ordre de 18 %, et
sans doute davantage puisque l’on est en région parisienne, la plus « chargée »
en immigrés et personnes issues de l’immigration. On obtient ainsi 0,23 Md€,
montant qui peut largement être doublé, disons porté à 0,5 Md€, pour tenir
compte de la SNCF et des transports en commun des grandes villes de province.

D’autres services publics sont affectés : les pompiers qui redoutent d’avoir à
intervenir en des lieux où ils sont reçus à coups de pierres ; les médecins et
personnels paramédicaux intervenant à domicile ; et l’hôpital lui-même. En effet,
de nombreux témoignages font état de désordres, d’altercations, de menaces et
même de coups, provenant pour une large part de moeurs qui posent problème
en milieu hospitalier. La désaffection dramatique pour les métiers de l’hôpital qui
mettent en contact avec les malades et leurs proches provient en partie du fait
qu’une proportion importante et croissante de ces contacts sont désagréables,
et, là encore, tout est question de proportion, certaines immigrations y
contribuent au-delà de la dégradation du savoir-vivre constatée chez les
autochtones. Ce fait engendre un surcoût, dont l’estimation monétaire, à


supposer qu’elle soit possible, n’a peut-être pas grand sens, mais qui n’en est
pas moins conséquent.

2.5. Les faits mafieux
Quand on ouvre au mot « émigration » (l’entrée « immigration » n’y existe pas)
le « Dictionnaire de l’économie politique » de Guillaumin, écrit il y a un siècle et
demi, on y lit notamment ceci : « Le transport des émigrants a donné lieu à des
abus nombreux. Les entrepreneurs d’émigration n’exécutent pas toujours les
stipulations, ordinairement verbales, qui ont été faites avec leurs agents. Ils font
attendre les émigrants dans des ports d’embarquement jusqu’à ce que leurs
cargaisons soient complètes ; ils les embarquent sur des navires en mauvais état
et mal aménagés, etc., etc. (…) Les entrepreneurs d’émigration envoyaient leurs
agents dans les bourgs les plus misérables du Bengale, où ces recruteurs de bas
étage séduisaient les coulis par des promesses aussi merveilleuses que
mensongères. Les engagés étaient amenés à Calcutta, où on les séquestrait dans
un entrepôt jusqu’à ce que les navires qui devaient les recevoir fussent prêts à
partir. On les entassait dans des navires à peu près comme des nègres de traite,
sans observer aucune progression hygiénique. » La lecture de divers reportages
relatifs aux migrations clandestines ou frauduleuses montre que les mêmes
causes produisent les mêmes effets : les profiteurs sont à l’affût de cette
occasion de s’enrichir aux dépens des personnes pauvres et vulnérables qui
quittent leurs pays dans l’espoir de laisser derrière elles la misère ou/et
l’insécurité. Ces profiteurs sont désormais organisés en réseaux mafieux.

Parfois le prix du passeur peut paraître raisonnable, à l’aune de nos critères
occidentaux. Par exemple, selon Fabien Collini dans « Messages » de novembre
2005, aller de Bucarest à Turin en évitant les exigences officielles (billet aller-
retour plus 100 € en poche par jour de séjour) peut se faire pour 600 €. Mais la
vente de la maison qui a financé cette émigration aurait rapporté 1000 € !
Parfois le prix en euros est bien plus élevé, sans que le migrant soit plus riche.
Un Sénégalais, Kadim, témoigne (« La Croix », 31 octobre 2005) : « Un soir,
vers 22 heures, on m’a appelé. Le prix pour le passage sur une embarcation de
fortune pour Las Palmas était fixé à 2 000 €. J’ai payé la moitié et je devais
m’acquitter du reste une fois arrivé. Je me suis retrouvé, caché pendant deux
jours sous une bâche, à traverser le Sahara occidental. Notre groupe a
finalement été arrêté en plein désert avant de se faire arrêter par les policiers
marocains. » Le même article parle de sommes allant jusqu’à 12 000 € pour des
émigrés venant du sub-continent indien.

Ce trafic d’êtres humains a évidemment ses correspondants dans les pays
d’arrivée, qui exploitent des personnes que leur situation irrégulière prive de
défense. La prostitution prospère de cette manière-là (Jeléna Bjelica, 2005). Si
les conséquences les plus dramatiques concernent les migrants, l’opportunité
ainsi fournie en Europe aux spécialistes des opérations illégales est loin d’être
négligeable. Endettés envers leurs passeurs, certains immigrés sont contraints
de servir de « mulets » pour les transports de stupéfiants et autres substances
illicites, ou de mendier, de voler, de se prostituer dans des conditions sanitaires
douteuses. Ces opportunités amènent certainement les organisateurs mafieux à
résider ou à être de passage plus nombreux



19/11/2007
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