Conséquence de la crise économique, L'Espagne de Zapatero "veut rapatrier un million d'immigrés"

MADRID, vendredi 20 juin 2008

Conséquence de la crise économique, L'Espagne de Zapatero "veut rapatrier un million d'immigrés" (El Pais) trois ans après la légalisation de 600.000 sans-papiers

 
Après la régularisation sans précédent de 600.000 immigrants en 2005, l'Espagne socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero se préparerait à battre un autre record, celui du renvoi le plus massif pour cause de crise économique.

"Le gouvernement veut rapatrier, en les aidant, un million d'immigrés" titre le 15 juin à la une l'influent quotidien madrilène de centre gauche El Pais. Il cite le ministre du Travail et de l'Immigration, Celestino Corbacho.

 
Incitation financière au retour et durcissement du regroupement familial seraient les deux axes essentiels du revirement espagnol en matière d'immigration. Selon El Pais, les nouvelles mesures pourraient êtres appliquées dès juillet. Elles ciblent des immigrés établis légalement en Espagne qui ne sont pas ressortissants d'un pays de l'Union européenne (UE).

En présentant l'an dernier le rapport "Démographie des étrangers", Antonio Izquierdo, professeur de sociologie de l'Université de La Corogne et expert de l'OCDE, estimait que l'Espagne comptait déjà en 2006 4,8 millions d'immigrés [légaux et illégaux de toute provenance, y compris de l'UE; ndlr], soit 11% de ses 44 millions d'habitants.

Le gouvernement de M. Zapatero envisagerait de verser en deux paiements la totalité de leurs indemnités légales de chômage aux immigrés non communautaires qui perdront leur emploi et qui accepteraient leur rapatriement. Le ministre Celestino Corbacho estime que seraient affectés plus d'un million des 2,2 millions d'étrangers en situation régulière et qui ne sont pas citoyens d'un pays de l'UE. Parmi eux, les Marocains et les Equatoriens forment les contingents les plus importants.

Pour recevoir ces paiements, les immigrés devront renoncer à leurs permis de résidence et de travail et promettre qu'ils ne reviendront pas en Espagne pendant au moins trois ans. Après ce délai, ils pourraient solliciter leur retour, mais sans garantie d'une réponse favorable. Si le retour était accepté, dans le cadre d'un contrat devant être signé dans le pays d'origine, l'immigré retrouverait en Espagne la condition administrative dont il jouissait avant son rapatriement.

Les mesures du ministre Corbacho prévoient aussi un "accompagnement" des rapatriés. Ils auraient accès à des microcrédits et à des conseils en matière de gestion pour créer dans leur pays leur propre entreprise ou commerce. "Dix mille euros ne sont peut-être pas suffisants pour créer une entreprise en Espagne, mais dans des pays comme le Maroc, ils peuvent être très productifs. Il ne s'agit pas de prendre des chômeurs et de les renvoyer sans plus dans leur pays. Nous voulons préserver leurs droits et leur donner deux opportunités: celle de s'établir sur leur terre et celle de revenir en Espagne dans le futur" déclare à El Pais le ministre du Travail et de l'Immigration.

"La famille peut être très vaste", surtout "par rapport aux services que peut offrir l'Etat providence" estime par ailleurs Celestino Corbacho. Cela signifierait, explique El Pais, qu'en période actuelle de crise économique l'Espagne éprouverait des difficultés à accueillir un contingent croissant d'étrangers du troisième âge qui ne contribuent pas à la sécurité sociale, mais qui sont de gros consommateurs de services de santé.

Aussi le ministre pourrait-il proposer d'exclure du droit au regroupement familial les ascendants, parents et beaux-parents, des immigrés. El Pais note que le projet polémique de nouvelle directive européenne sur l'intégration des immigrés ne garantit que le droit au regroupement du conjoint et des enfants.

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L'Espagne compte 46,06 millions d'habitants, dont 11,3% d'étrangers, selon le relevé provisoire, arrêté au 1er janvier 2008, des registres de population des municipalités du pays. Par rapport à l'année précédente, le nombre d'habitants s'est accru de 862.774, dont 701.023 étrangers, la moitié venant d'un pays de l'Union européenne (UE). Pour la première fois, les Roumains forment le contingent d'immigrés le plus important.
 
Depuis 2001, le nombre d'immigrés a augmenté en Espagne de plus de 4 millions, soit en moyenne quelque 600.000 étrangers de plus chaque année. Ces chiffres font de l'Espagne le nº1 incontesté de l'immigration en Europe depuis le début du siècle.

Le relevé arrêté au 1er janvier dernier dénombre 5,2 millions d'étrangers, dont 40% (2,1 millions) sont citoyens d'un pays de l'UE. Ils sont suivis par ceux venant d'Amérique du Sud, qui totalisent 29,5% (1,54 million) des immigrés.

Le classement des étrangers par nationalité, dominé pour la première fois par les Roumains, s'établit comme suit:
1. Roumains (UE) : 728.967 (14% des étrangers).
2. Marocains : 644.688.
3. Equatoriens : 420.110.
4. Britanniques (UE) : 351.919.
5. Colombiens : 280.705.
6. Boliviens : 239.042.
7. Allemands (UE) : 180.650.
8. Italiens (UE) : 157.435.
9. Bulgares (UE) : 153.664.
10. Argentins : 145.315.
11. Portugais (UE) : 126.651.
12. Chinois : 124.022.
13. Péruviens : 120.272.
14. Brésiliens : 115.390.
15. Français (UE) : 112.349.
etc.

L'archipel des Baléares est la région espagnole abritant la plus forte proportion d'étrangers (222.331, soit 20,8% de la population). Suivent la région de Valence (16,7%), celle de Madrid (15,9%) et de Murcie (15,7%).

Paradoxalement, l'enregistrement dans une municipalité (le "padron"), qui donne accès aux services médicaux et scolaires de base, a été longtemps ouvert en Espagne aux étrangers en situation irrégulière et la connexion entre les ordinateurs municipaux et ceux de la police nationale n'est pas encore complète. Des étrangers illégaux, dont la proportion n'est pas précisée, sont donc nécessairement englobés dans les chiffres qui viennent d'être diffusés.

Confronté à un fort ralentissement économique qu'il se refuse à appeler "crise", le gouvernement socialiste espagnol de José Luis Rodriguez Zapatero a annoncé cette semaine son intention d'offrir des incitations financières au retour des immigrés n'appartenant pas à l'UE. Leur regroupement familial serait durci, excluant les ascendants, parents et beaux-parents, des migrants.

M. Zapatero avait fait régulariser 600.000 sans-papiers en 2005


12/07/2008
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