Au
moment où un George W. Bush en fin de mandat, le dos au mur face à l’échec
catastrophique de sa politique, dénonce devant la Knesset, en tant que
“apaiseurs de nazis” (Le Monde du 19 mai 2008) les opposants à la guerre
d’Irak et tous ceux qui s’élèvent d’avance contre les projets démentiels
toujours en cours chez les néo-conservateurs et les faucons du Pentagone de
bombarder les installations nucléaires de l’Iran (cherchant du même coup, selon
les commentateurs, à disqualifier le candidature à la présidence de Barack
Obama), il n’est sans doute pas sans intérêt de rappeler que cela ne fait pas
si longtemps qu’on a commencé à tirer de l’ombre épaisse du passé l’ahurissante
constatation que la fortune de la famille Bush serait intimement liée à
l’Holocauste juif. Voilà donc une véritable leçon d’histoire alternative
susceptible d’éclairer aussi les égarements du présent…
Alors que
le scandale Enron a été depuis longtemps dévoilé au grand jour, un autre
scandale financier de grande dimension touchant de près la famille de George W.
Bush est passé plus qu’inaperçu, relégué dans les coulisses sordides de
l’histoire.
Le 19 avril 2001, le Président George W. Bush a passé une partie de la journée
du souvenir de l’Holocauste dans la Rotonde du Capitole en compagnie de
survivants de l’Holocauste, de vétérans alliés et de leurs familles. Lors de la
cérémonie qui comprenait des prières juives et un récital de chants chantés
dans les camps par les victimes de l’Holocauste, le Président Bush,
apparaissant presque mal à l’aise, a lu une déclaration qui disait en substance
que “la conscience forçait l’humanité à se rappeler ce qui s’était passé” et
que “le dossier avait été conservé et préservé”. Le dossier, déclara George W.
Bush, de ce qui restait le pire acte de génocide de l’histoire humaine,
“n’avait pas résulté de l’initiative d’hommes cruels et sans instruction, mais
d’acteurs humains qui se considéraient comme cultivés et bien éduqués, des
hommes de la modernité, tournés vers l’avenir. Leur crime montra au monde que
le mal peut se glisser et se dissimuler au sein des environnements les plus
civilisés. Finalement, seule la conscience peut y faire barrage.”
Mais
alors que le George W. Bush embrassait publiquement à Washington la cause de la
communauté des survivants de l’Holocauste, lui et sa famille leur cachent un
dossier secret vieux de plus de cinquante ans touchant aux faits et gestes de Prescott
Bush, son grand-père. Selon des documents secrets des
services de renseignement néerlandais et des archives du gouvernement des
États-unis, le grand-père du président Georges W. Bush, Prescott Bush, a en
effet réalisé pendant la seconde guerre mondiale de très considérables
bénéfices grâce aux dividendes du travail forcé dans le camp de concentration
d’Auschwitz. George W. Bush est un héritier en ligne directe de ces bénéfices
de l’Holocauste qui ont été placés en 1980 dans un trust aveugle (compte
anonyme auprès d’un fidéicommissaire) par son père, l’ancien président Georges
Herbert Walker Bush.
Tout au
long des décennies de vie publique de la famille Bush, la
presse américaine s’est évertuée à ignorer ce fait historique: à travers la Union Banking Corporation
(UBC), Prescott Bush, en association d’affaires avec l’industriel allemand
Fritz Thyssen, a contribué à financer Adolf Hitler lui-même, avant et pendant
la deuxième guerre mondiale. Cela a pourtant été évoqué pour la première fois
dès 1994 par John Loftus et Mark Aarons dans leur ouvrage La guerre secrète
contre les Juifs: comment l’espionnage occidental a trahi le peuple juif.
Le
gouvernement américain sait que de nombreuses entreprises américaines comme
Standard Oil, General Motors et la Chase Bank ont aidé Adolf Hitler, et qu’elles ont
été punies après Pearl Harbor. Mais comme le journaliste du New York Times
Charles Higham le découvrit bien plus tard, et le publia dans son livre
Commercer avec l’ennemi: le complot de l’argent américain nazi entre 1933-1945
(1983), “le gouvernement étouffe tout cela durant et même après la guerre”.
Pourquoi ce silence ?
Selon
Charles Higham, le gouvernement américain a cru qu’”un scandale public aurait
affecté radicalement la morale publique, causé des grèves générales et peut-être
provoqué des mutineries dans les troupes sous le drapeau”. Higham prétend que
le gouvernement pensait qu’en jugeant et en emprisonnant les coupables, il
aurait été impossible pour les directions de ces entreprises de participer à
l’effort de guerre. Cependant, la banque de Prescott Bush ne finançait pas
seulement Adolf Hitler. Il existait un lien d’affaires particulier beaucoup
plus profond que ne l’imaginaient Higham et Loftus lorsqu’ils ont publié leurs
livres. Un dossier secret néerlandais divulgué par un officier néerlandais du
renseignement, ainsi que des archives du gouvernement américain ayant récemment
fait surface, confirment absolument, selon John Loftus, le lien direct entre
Bush, Thyssen et les profits générés par le génocide d’Auschwitz.
Les relations d’affaires entre Prescott Bush et Fritz Thyssen sont beaucoup
plus directes que l’on ne l’avait précédemment soupçonné et écrit.
L’information révèle comment Prescott Bush et l’UBC, qu’il dirigeait
directement, ont fait des bénéfices sur l’Holocauste. On peut donc affirmer que
les survivants de l’Holocauste et les communautés embrigadées dans le Service
de Travail Obligatoire sont en position, individuellement ou collectivement, de
poursuivre en justice les héritiers de la fortune de Prescott Bush, à commencer
par George W. Bush lui-même. Pour comprendre le tableau complet de la façon
dont Prescott Bush a profité de l’Holocauste, il est nécessaire de retourner à
l’année 1916, où tout a commencé.
L’après
première guerre mondiale: L’empire Thyssen bat de l’aile.
En 1916,
August Thyssen mesure la gravité de la situation. La Grande
Guerre est en train d’échapper à tout contrôle, de saper les ressources
allemandes et de saigner à blanc l’économie. Le gouvernement et l’entreprise
Thyssen sont presque ruinés. Avec ses 50.000 employés et sa production annuelle
de 1.000.000 de tonnes d’acier et de fer, l’entreprise est en train de
s’écrouler sous la pression des commandes de guerre. En tant que fournisseur
principal de l’armée allemande, August Thyssen saait que l’Allemagne serait
vaincue si les Etats-Unis entrent en guerre. À 74 ans, August Thyssen sait
aussi qu’il manque de temps. Son premier né, “prince” Friedrich (Fritz)
Thyssen, a été formé dans les meilleures écoles de commerce de l’Europe de l’époque
et est destiné à hériter de la fortune de son père estimée à 100.000.000
dollars, et d’un empire industriel situé à Muehlheim dans la Ruhr. En plus de Fritz,
de grands projets ont également été échafaudés pour le second fils, Heinrich.
Au début de la guerre, Heinrich Thyssen a discrètement changé de nationalité,
d’allemand devenant hongrois, et a épousé l’aristocrate hongroise Baronne
Margrit Bornemisza de Kaszon. Il change son nom contre celui de Baron Thyssen
Bornemisza de Kaszon.
Alors que la fin de la première guerre mondiale se profile, August Thyssen
ouvre la banque
Voor Handel en Scheepvaart à Rotterdam. La Hollande neutre
est alors le lieu idéal hors des frontières de l’Allemagne pour blanchir les
avoirs de la
banque August Thyssen de Berlin. Mais la guerre se termine
bien plus tôt que ne l’a prévu Thyssen et ce qui se trame alors prend le
“Rockfeller de la Ruhr” au dépourvu. Le 10 novembre 1918, les socialistes
allemands prennent le pouvoir à Berlin. Le matin suivant à 5h, ce qu’il restait
de l’Allemagne se rend aux Alliés, mettant officiellement fin à la Grande Guerre. “Au
moment de l’Armistice et de la signature du Traité de Versailles, mon père et
moi étions profondément attristés devant le spectacle de l’abjecte humiliation
de l’Allemagne”, rappellera plus tard Thyssen dans son autobiographie, J’ai
financé Hitler.
Après la
guerre, comme la nourriture vient à manquer, le chaos s’abat sur l’Allemagne.
L’hiver menace une nation affamée quand, le 7 décembre 1918, la ligue des
Spartakistes socialistes vient frapper à la porte de la Villa Thyssen avec
une milice armée. August et Fritz sont arrêtés et traînés de prison en prison à
travers l’Allemagne durant plusieurs jours. Le long du chemin, ils sont alignés
contre des murs dans des simulacres d’exécution destinés à les terroriser. Cela
fait son effet. Quand ils sont relâchés, les deux Thyssen sont horrifiés du
nouveau climat politique de leur Allemagne bien-aimée. Ils ne peuvent pas accepter
que l’Allemagne se rende responsable de sa propre mort. Tous les problèmes du
pays, ressentent les Thyssen, “ont presque toujours été attribués à des
étrangers”. Il en concluent, ainsi que beaucoup de leurs compatriotes, que ce
sont bien entendu les Juifs qui sont derrière le mouvement socialiste dans le
monde entier. Le jeune frère de Fritz, le Baron Thyssen Bornemisza de Kaszon,
déménage pour sa part de façon tout à fait inaperçue à Rotterdam et devient le
principal propriétaire de la banque voor Handel en Scheepvaart. La seule chose
dont ont désormais besoin les Thyssen est une filiale américaine pour leur
établissement.
Les
années 20: les relations d’affaires se nouent.
Averell,
le fils du Baron du chemin de fer E.H. Harriman, ne veut pas entendre parler de
chemins de fer. Son père se résout alors à lui confier une entreprise
d’investissement, W.A. Harriman & Company, à New York. E.H. engage aussi la
personne la plus qualifiée du pays pour conduire l’opération, un certain George
Herbert Walker. Averell engage lui son petit frère Edward Roland “Bunny”
Harriman comme vice-président.
En 1920,
George Herbert Walker a déjà édifié une fortune dans le Missouri. Charismatique
ancien champion de boxe poids-lourds, il a tout d’un pitbull humain. Il profite
de la vie au maximum, possède plusieurs maisons sur la côte Est et un des plus
luxueux appartements de Manhattan. Ses hobbies sont le golf, la chasse, boire
du scotch et tabasser ses fils. Elsie Walker, l’une de ses petit-filles, le
dépeint comme un “vieux salaud coriace” peu aimé par ses enfants. C’est aussi
un bigot religieux qui haït les catholiques, même si ses parents l’ont élevé
pour en être. Selon d’autres sources, il n’aime pas non plus les Juifs.
En 1922, Averell Harriman fait le voyage de l’Allemagne pour installer une
filiale W. A. Harriman & Co à Berlin. Pendant son séjour en Allemagne, il
rencontre pour la première fois la famille Thyssen et donne son accord pour les
aider à réaliser leur projet de création d’une filiale américaine.
L’année
suivante, une Allemagne déjà gravement blessée sombre davantage dans la crise. Le gouvernement
ne trouve aucune solution et se divise alors que le pays pourrit de
l’intérieur. Avec des grèves générales et une production quasi inexistante,
rappelle plus tard Fritz Thyssen, “nous étions au nadir de l’inflation. A
Berlin, le gouvernement était en perdition. Il était financièrement ruiné.
L’autorité s’effondrait. En Saxe, un gouvernement communiste avait été formé et
la terreur Rouge,
organisée par Max Hoelz, régnait dans tout le pays. Le Reich allemand était
désormais sur le point de s’effondrer.”
En
octobre 1923, un Fritz Thyssen désespéré rend visite à l’un de ses héros, qui
se trouve également être parmi les grands héros de l’armée allemande, le
général Erich Ludendorff. Pendant le gouvernement socialiste de Berlin, en
1918, Ludendorff organisa la résistance militaire contre les socialistes et les
industriels ont contracté une grande dette de reconnaissance envers lui. Quand
Thyssen rencontre Ludendorf, ils évoquent la faillite de l’économie allemande.
Thyssen prend un ton apocalyptique, estimant que le pire était encore à venir.
Ludendorff n’est pas de cet avis. “Il y a encore un espoir”, dit Ludendorff,
“Adolf Hitler et le parti National-Socialiste”. Ludendorff respecte énormément
Hitler. “Il est le seul homme qui ait actuellement un sens politique”. Il
encourage Thyssen à rejoindre le mouvement nazi et Hitler. “Va l’écouter un
jour”, enjoint-il à Thyssen. Thyssen suit le conseil et se rend à plusieurs
réunions d’Adolf Hitler. Il est fasciné. “Je réalisais ses dons d’orateur et sa
capacité à galvaniser les masses. Ce qui malgré tout m’impressionna le plus fut
l’ordre qui régnait lors de ses réunions, la discipline presque militaire de
ces partisans”.
Thyssen s’arrange pour rencontrer Hitler et Ludendorff en privé à Munich.
Hitler confie à Thyssen que le mouvement nazi connait des problèmes financiers,
qu’il ne grandit pas suffisamment vite et qu’il n’est pas encore suffisament
puissant au niveau national. Hitler a besoin d’autant d’argent que possible
pour repousser la conspiration communiste/juive contre l’Europe. Il prévoit une
monarchie allemande de type fasciste avec une force de travail nationale sans
syndicat ni possibilité de grève. Thyssen est enchanté par ce programme. Il
donne à Hitler et Ludendorff 100.000 marks or (environ 25.000 dollars) pour
financer le parti nazi naissant. D’autres industriels notoires de l’acier et du
charbon suivent bientôt l’exemple de Thyssen. De nombreux leaders des affaires
en Allemagne soutiennent également l’agenda secret anti-syndicat d’Hitler.
Certains font leurs dons simplement parce qu’ils redoutent d’être laissés à
l’écart si Adolf Hitler parvient à prendre réellement le pouvoir. Beaucoup
d’entre eux l’abandonnent d’ailleurs après son coup d’État raté de 1923. Alors
qu’Adolf Hitler passe une courte période en prison en écrivant Mein Kampf, les
Thyssen, à travers de la
banque Voor Handel en Scheepvaart, ouvrent en 1924 aux USA la Union Banking Corporation
(UBC).
L’Union
Banking Corporation.
Début
1924, Hendrick J. Kouwenhoven, directeur général de la banque Voor Handel
en Scheepvaart, se rend à New York pour rencontrer Walker et les frères
Harriman. Ensemble, ils fondent la Union Banking Corporation
dont le siège est situé à la même adresse que la société Harriman
& Co, 39 Broadway Street. Comme l’économie allemande retrouve sa santé
entre le milieu et la fin des années 20, Walker et l’entreprise d’Harriman
vendent des bonds allemands d’une valeur de plus de 50.000.000 dollars à des
investisseurs américains qui bénéfient ainsi du boom économique allemand. En
1926, August Thyssen meut à l’âge de 84 ans. Fritz est maintenant le patron de
l’une des plus grandes familles industrielles d’Europe. Il cré la United Steel Works
(USW), plus grand conglomérat industriel de l’histoire allemande. Thyssen place
Albert Volger, l’un des industriels les plus influents, au poste de directeur
général de l’USW. Thyssen nomme aussi au conseil d’administration Fredich
Flick, un autre poids lourd des grandes familles allemandes. Flick posséde des
industries de charbon et d’acier dans toute l’Allemagne et la Pologne et aspire
à investir dans l’empire Thyssen. L’une de ses principales motivations dans
cette gigantesque fusion des rois du charbon et de l’acier est de supprimer les
mouvements socialistes et syndicaux.
Cette
même année 1926, à New York, George Walker décide de donner à son nouveau
beau-fils, Prescott Bush, un immense coup de pouce. Walker fait de Bush l’un
des vice-présidents de Harriman & Co. Ce dernier embauche nombre de ses
camarades de la classe 1917 de Yale, dont Roland Harriman et Knight Wooley. Ces
trois-là ont été de proches compères à Yale et sont tous membres de la confrérie Skull
and Bones (Crâne et Os), une mystérieuse et sulfureuse société secrète
universitaire. Au delà de l’ambiance confraternelle, Harriman & Co est
aussi le lieu d’un travail acharné et personne ne travaille davantage que
Prescott Bush. En fait, Walker a engagé Bush pour l’aider à superviser la nouvelle United Steel
Works de Thyssen et Flick. Une partie de l’empire USW est constitué par la Consolidated Silesian
Steel Corporation et la Upper Silesian Coal
and Steel Company (Société commerciale d’acier de Silésie et Compagnie de
charbon et d’acier de haute Silésie réunies) situées, comme leurs noms
l’indidique, en Silésie (Pologne). Thyssen et Flick paient Bush et Walker
généreusement, mais chaque centime gagné est mérité. Le nouvel arrangement
d’affaires leur plait financièrement à tous et les talents collectifs des quatre
hommes ainsi que leur rapide ascension ahurit le monde des affaires.
Au même
moment, Adolf Hitler et le parti nazi sont ruinés. Depuis la reprise économique
de l’Allemagne, les membres et les donations se sont asséchés, obligeant le
mouvement nazi à mettre de l’eau dans son vin. En 1927, Hitler a désespérément
besoin de cash; son parti croûle sous les dettes. Hitler demande à son
secrétaire Rudolf Hess de faire cracher le sympathisant nazi et riche homme
d’affaires Emil Kirdorf. Ce dernier rembourse la dette d’Hitler cette année-là,
mais l’année suivante, il n’a plus assez d’argent pour contribuer. Hitler a les
yeux rivés sur le gigantesque Palais Barlow situé dans Briennerstrasse, la
partie la plus aristocratique de Munich. Il veut absolument convertir ce palais
en siège du parti nazi et changer son nom en “Maison Brune”, mais son prix de
vente est trop élevé pour lui. Hitler demanda à Hess de contacter Thyssen.
Après avoir pris connaissance de son appel, Thyssen sent que c’est le moment
d’accorder une seconde chance à Hitler. Par l’intermédiaire de la banque Voor Handel
en Scheepvaart, il fait le nécessaire pour permettre à Hitler d’entrer en
possession du Palais. Thyssen déclarera plus tard que le montant de sa
contribution s’est élevé à 250.000 marks, mais les leaders nazis prétendirent
eux que la réfecton seule coûta plus de 800.000 marks (environ 2 millions
d’Euros d’aujourd’hui). Sans se soucier de la dépense, Hitler et Thyssen
deviennent de proches amis après l’achat de la Maison Brune. A ce
moment-là, aucun des deux ne sait encore à quel point cette maison allait
devenir influente l’année suivante, en 1929, lorsque la grande dépression
s’abat sur le monde. Avec la reprise allemande partie en fumée, Hitler voit
s’allonger devant sa porte la queue des industriels tous prêts à lui donner de
l’argent.
Les années 30: l’ascension d’Adolf Hitler — Thyssen et Bush le financent.
Thyssen
essayera plus tard de prétendre que ses week-ends passés en compagnie d’Adolf
Hitler et de Rudolf Hess dans ses châteaux du Rhin n’avaient pas de portée
personnelle mais étaient strictement professionnels, et qu’il n’approuvait pas
la plupart des idées du leader nazi, mais le journaliste R. G. Waldeck, qui
séjourna avec Thyssen dans une station thermale de la Forêt Noire dans les
années 20-30, se rappelle les choses différemment. Selon Waldeck, Thyssen croit
en Hitler. Il parle d’Hitler “chaleureusement” et déclare que les nazis sont
“des hommes nouveaux” qui rendront l’Allemagne puissante. Avec la dépression
qui saigne l’Europe, le large soutien financier de Thyssen rend inévitable
l’ascension d’Hitler au pouvoir.
Le grande dépression ébranle Harriman & Co. L’année suivante, la firme
fusionne avec l’entreprise londonienne Brown/Shipley. Brown/Shipley garde son
nom mais Harriman & Co en change pour Brown Brothers, Harriman. La nouvelle
entreprise déménage au 59 Wall Street alors que l’UBC reste au 39 Broadway.
Averell Harriman et Prescott Bush constituent une société de portefeuille
appelée The Harriman 15 Corporation. Une des sociétés dans laquelle Harriman
détient des titres est la Consolidated Silesian
Steel Company. Les deux tiers de la société appartiennent à
Friedrich Flick tandis que Harriman détient le reste.
En décembre 1931, Fritz Thyssen adhère officiellement au parti nazi, le NSDAP
(Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, Parti national-socialiste des
travailleurs allemands). Quand Thyssen intégre le mouvement, le NSDAP est déjà
en train d’atteindre une taille critique en Allemagne. Les discours et la
personnalité charismatiques du jeune leader politique, la dépression économique
et le soutien de la
banque Voor Handel en Scheepvaart de Thyssen contribuent de
concert à l’ascension météorique de la popularité d’Hitler auprès de la
population allemande. En septembre 1932, Thyssen invite dans son château un
groupe de riches et importants hommes d’affaires de l’élite industrielle
allemande afin qu’ils rencontrent Adolf Hitler. Ils passent des heures à le
questionner et il répond à toutes leurs questions avec “la plus grande
satisfaction”, se rappelle Thyssen. L’argent afflue des cercles industriels, en
grande partie grâce à “l’attitude monarchiste” d’Hitler sur les questions de
travail et de classe. Mais en novembre, les électeurs allemands se lassent des
tendances anti-démocratiques d’Hitler et se tournent vers le parti communiste,
lequel gagne le plus de sièges lors des élections de l’automne. Les nazis
subissent une perte considérable de 35 sièges au Reichstag, mais comme ils sont
déjà en train de négocier secrètement avec Hindenberg une alliance consacrant
un partage du pouvoir, lequel amènera finalement Hitler à se proclamer lui-même
Führer, les votes des électeurs allemands restent politiquement lettre morte.
En 1934, Hindenberg meurt et Adolf Hitler prend le contrôle total de
l’Allemagne. En mars, il annonce ses projets de construction d’un vaste système
autoroutier. Il veut relier le Reich entier grâce à un plan routier étendu sans
précédent interconnectant les principaux ports. Hitler veut certes réduire le
chômage mais, bien davantage, il a besoin de nouvelles routes permettant des
manoeuvres militaires rapides. Il veut aussi moderniser sérieusement la machine
militaire allemande. Le Fuhrer met en oeuvre la “renaissance de l’armée
allemande” et passe un contrat avec Thyssen et l’United Steel Works pour la
refonte de ses équipements. L’empire sidérurgique de Thyssen est désormais bel
et bien le coeur d’acier froid de la nouvelle machine de guerre nazie, ouvrant
épouvantablement la voie à la seconde guerre mondiale et à ses dizaines de
millions de morts en Europe et au delà.
Les
bénéfices du conglomérat géant de Thyssen et Flick s’élèvent à plusieurs
centaines de millions de dollars en 1934. La banque Voor Handel
en Scheepvaart et la UBC de New York engrangent aussi d’énormes bénéfices.
Prescott Bush devient directeur général de l’UBC et prend en main la gestion
quotidienne du nouveau plan économique allemand. Les actions de Bush dans l’UBC
atteignent un niveau maximal grâce au nouvel ordre allemand d’Adolf Hitler.
Plus la production augmente, plus le rapprochement amical entre les deux hommes
s’accroit.
Le 19
mars 1934, Prescott Bush donne à Averell Harriman un exemplaire du New York
Times du jour. Le gouvernement polonais est en train de retirer la Consolidated Silesian Steel
Corporation des mains des “intérêts allemands et américains” en raison “d’une
mauvaise gestion, d’emprunts excessifs, d’une comptabilité fictive et d’un
risque de sécurité”. Le gouvernement polonais exige des propriétaires de la
société, qui compte pour plus de 45% de la production d’acier de la Pologne,
qu’ils payent la totalité des impôts qu’ils doivent au pays. Bush et Harriman
engagent alors l’avocat John Foster Dulles pour les aider à couvrir toutes les
irrégularités pouvant être mises à jour en cas d’investigation minutieuse.
L’invasion de la Pologne par Hitler en 1939 clôture le débat sur la Consolidated Silesian
Steel Corporation. Les nazis retirent la participation du
gouvernement polonais dans la société de Thyssen Flick et Harriman et dressent
des plans pour le remplacement des travailleurs salariés. Hitler promet à
Staline qu’ils se partageront la Pologne et pourront ainsi utiliser les
prisonniers soviétiques comme esclaves dans les usines polonaises. La promesse
d’Hitler ne se matérialisera jamais et il va finalement envahir la Russie.
Les
années 40: les affaires, comme d’habitude.
La Consolidated
Silesian Steel Corporation était située près de
la ville polonaise de Oswiecim, l’une des régions les plus riches en minéraux.
C’est là qu’Adolf Hitler installe le camp de concentration d’Auschwitz. Quand
le projet de faire travailler les prisonniers soviétiques tombe à l’eau, les
nazis transfèrent les Juifs, les communistes, les tsiganes et les autres
populations minoritaires dans le camp. Les prisonniers d’Auschwitz capables de
travailler sont expédiés vers trente sociétés différentes, dont l’une est
l’immense Consolidated Silesian Steel Company. “Personne n’avait auparavant
fait le lien entre la Consolidated Silesian Steel Corporation,
Auschwitz et Prescott Bush”, selon John Loftus. “C’était cependant la raison
pour laquelle Auschwitz avait été construit précisément là. Les dépôts de
charbon pouvaient être transformés soit en charbon, soit en additifs pour le
gazole d’aviation”. Mais même si la Consolidated Steel
de Thyssen et Flick est leur propriété, les invasions d’Hitler dans toute
l’Europe les effraient, leur rappelant les mauvais souvenirs de la première
guerre mondiale. Thyssen et Flick revendent donc la Consolidated Steel
à l’UBC. Sous le contrôle administratif total de Harriman et Bush, la société
devient la
Silesian American Corporation (Société américaine de
Silésie), elle-même partie de l’UBC et du portefeuille financier de Harriman.
Thyssen déménage en Suisse, et plus tard en France, pour se prémunir de la
terreur qui allait bientôt être déchaînée par la machine de guerre nazie qu’il
a largement financé.
Une partie du contingent du Serice de Travail Obligatoire en Pologne est directement
“gérée par Prescott Bush”, selon un agent des services de renseignements
néerlandais. En 1941, le travail forcé est le moteur principal de la machine de
guerre nazie. Les ressources du bassin riche en acier et en charbon de la
Pologne jouent un rôle essentiel dans l’invasion de l’Europe par Hitler. Selon
Higham, Hitler et la confrérie des hommes d’affaires américains “ne
recherchaient pas seulement une alliance d’intérêts pour la durée de la seconde
guerre mondiale, mais soutenaient l’idée d’une paix négociée avec l’Allemagne
qui excluerait toute réorganisation de l’Europe sur des bases démocratiques.
Cette alliance établirait après-guerre un État policier qui placerait la
confrérie en position d’autonomie financière, industrielle et politique”.
Six jours
après Pearl Harbor et la déclaration de guerre des États-Unis, à la fin de
l’année 1941, le Président Franklin D. Roosevelt, le ministre des finances
Henry Morgenthau et le ministre de la justice, le Général Francis Biddle,
signent le Trading with the Enemy Act (Loi sur le Commerce avec l’ennemi) qui
interdit tout partage d’intérêt financier avec les ennemis de guerre des
États-Unis. Prescott Bush continue néanmoins de mener ses affaires comme
d’habitude, aidant à l’invasion nazie de l’Europe et fournissant des ressources
en armement qui vont être utilisées contre les soldats américains.
Le 20
octobre 1942, le gouvernement américain se lasse finalement de Prescott Bush et
de ses arrangements d’affaires avec Thyssen et les nazis. Durant l’été, le New
York Times dénonce Bush et Thyssen, qu’il surnomme même “l’ange d’Hitler”.
Quand le gouvernement américain prend connaissance des livres de compte de
l’UBC, il découvre que la banque de Bush et de ses actionnaires “détenait les
bénéfices des membres de la
famille Thyssen, propriété de nationaux d’un pays désigné
comme ennemi”. Pour mémoire, la liste des autres actionnaires de l’UBC est
alors: E. Roland Harriman: 3991 parts; Cornelis Lievense: 4 parts; Harold D.
Pennington: 1 part; Ray Morris: 1 part; H.J. Kouwenhoven: 1 part; Johann G.
Groeninger: 1 part. Les livres de compte de l’UBC dévoilent aussi les milliards
de dollars et les centaines de de sociétés en portefeuille capitalisés par les
Thyssen. Le gouvernement américain réalise que l’UBC n’est que la partie
visible de l’iceberg. Le 17 novembre 1942, il confisque la Silesian American
Corporation mais ne poursuit pas Bush pour les raisons que
Highman a relevées plus haut. Les entreprises sont autorisées à travailler sous
couverture du Bureau de protection de la propriété étrangère et sous condition
de ne pas aider le régime nazi. En 1943, alors qu’il posséde toujours ses
parts, Prescott Bush démissionne de l’UBC et aide même à collecter de l’argent
pour des causes liées à la guerre, à titre de président du Fonds national de
guerre.
Après la
guerre, le gouvernement néerlandais commence à enquêter pour savoir où se
trouvent certains bijoux de la famille royale hollandaise volés par les nazis.
Ils commencent à regarder dans les livres de compte de la banque Voor Handel
en Scheepvaart où ils découvrent des documents sur la transaction de la Silesian American
Corporation. Ils interrogent l’administrateur de la banque,
H. J. Kouwenhoven qui, choqué par la découverte, se rend à New York pour en
informer Prescott Bush. Selon les services de renseignements néerlandais,
Kouwenhoven rencontre Bush peu après Noël 1947. Deux semaines plus tard,
Kouwenhoven meurt, apparemment d’une crise cardiaque.
Les
années 50: Bush vend ses parts de l’UBC.
En 1948,
la vie de Fritz Thyssen est ruinée. Après avoir été emprisonné par les nazis,
il est de nouveau emprisonné par les Alliés et interrogé, mais pas
complètement, par les enquêteurs américains. Thyssen et Flick sont obligés de
payer des réparations et condamnés pour l’atrocité de leurs crimes contre
l’humanité. Le 8 février 1951, Fritz Thyssen meurt dans l’amertume en
Argentine, à l’âge de 78 ans. Il est furieux de la façon dont il a été traité
par l’Europe après la guerre et par la façon dont l’histoire va le retenir
comme étant le plus important et éminent financier d’Adolf Hitler. Quand
Thyssen meurt, l’administration des biens étrangers rend les avoirs de l’Union
Banking Corporation aux Harriman. Les autres actionnaires se font rembourser
leurs parts et liquident tranquillement le reste du prix du sang de l’UBC.
Prescott
Bush reçoit 1,5 millions de dollars pour ses actions de l’UBC. Cet argent lui
permait d’aider son fils, Georges Herbert Walker Bush, à s’installer pour créer
sa première entreprise, l’Overby Development Company. Il est aussi utile quand
Prescott Bush laisse tomber le monde des affaires pour entrer dans la sphère
publique en 1952, lors d’une campagne sénatoriale couronnée de succès dans le
Connecticut. Le 8 octobre 1972, il meurt d’un cancer et son testament est promulgué
peu après.
En 1980,
quand George H.W. Bush est élu vice-président, il place l’héritage de son père
dans un trust aveugle. Ce trust est géré par son vieil ami et partenaire de
chasse aux cailles, William “Stamps” Farish III. Le choix de Farish par George
H.W. Bush pour gérer la fortune de la famille montre qu’il sait sans doute très
bien d’où provient une partie de l’argent. Le grand-père de Farish, William
Farish Jr., qui plaida “non coupable” le 25 mars 1942 pour conspiration avec
l’Allemagne nazie alors qu’il était à l’époque président de la Standard Oil dans le
New Jersey, a été accusé publiquement par le Sénateur Henry Truman d’être un
“traitre” et un profiteur de la machine de guerre nazie. Standard Oil avait en
effet investi des millions dans IG Farben, laquelle ouvrit une usine à gaz à
Auschwitz en 1940. Les millions dont William “Stamps” Farish III hérita étaient
encore plus entâchés de sang que ceux de George H.W. Bush. La piste aux indices
de l’UBC sera en sûreté pendant les 12 années de mandat présidentiel de ce
dernier.
Cela fait
soixante ans que l’un des plus gros scandales de blanchiment d’argent du XXe
siècle a pris fin et nous commençons seulement aujourd’hui à découvrir les
véritables dessous des cartes historiques de cette période capitale de
l’histoire du monde. Une histoire que les survivants de l’Holocauste supplient
à l’humanité de “ne jamais oublier”. John Loftus croit que l’histoire livrera
un jour son verdict sur Prescott Bush au même titre que sur Thyssen. “Il est
déjà scandaleux que la
famille Bush collecte de l’argent pour que Thyssen lance
Hitler dans les années 20, mais aider l’ennemi en temps de guerre est carrément
une trahison. La banque de Bush a aidé les Thyssen à faire en sorte que l’acier
nazi tue des soldats alliés. Mais aussi maléfique qu’est le financement de la
machine de guerre nazie, l’aide et le soutien de l’Holocauste est quelque chose
de pire, un cercle de l’enfer encore plus profond. Les mines de charbon de
Thyssen ont utilisé des esclaves juifs pour réaliser des profits. Il y a six
millions de squelettes dans le placard de la famille Thyssen,
et une multitude de questions historiques et criminelles auxquelles il reste à
répondre sur la complicité de la famille Bush.”
La famille Bush
doit reverser au moins 1,5 million de dollars dans le fond de réparation de
l’Holocauste le plus approprié. Puisque Prescott Bush est mort, le seul moyen
de compenser, pour les principaux héritiers de ses biens, est de s’amender
auprès des ex-esclaves survivants et des familles des esclaves qui moururent
dans les mines de charbon de Bush et de Thyssen. Si la famille de George W.
Bush se refuse à réparer l’engagement de Prescott Bush dans l’Holocauste, c’est
comme si elle niait l’Holocauste en même temps que son propre rôle dans un des
tournants les plus noirs de l’histoire de l’humanité.
Auteur
:Toby Rogers,
mardi 20 mai 2008
URL : http://www.republique-des-lettres.fr/10418-george-w-bush.php
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