Langues régionales : QUAND LE SÉNAT ET L'ACADÉMIE FRANÇAISE SE FOURVOIENT...
QUAND LE SÉNAT ET L'ACADÉMIE FRANÇAISE SE FOURVOIENT...
Il déplaît
souverainement au Mouvement Normand de devoir reconnaître que des institutions
respectables comme le sénat ou l'Académie Française font assaut de sottises,
obnubilées qu'elles sont par une conception fanatique et forcenée d'une forme
d'État totalitaire que l'on nomme "République une et indivisible".
Affirmant que la France n'a pas dit son dernier mot dans une Europe qui
se cherche et se cherchera encore longtemps, ayant de la révérence pour
l'État-Nation, garant d'un vouloir-être collectif, éprouvant une admiration sans
bornes pour la langue française "officielle", "académique", issue, faut-il le
rappeler? , de différents parlers de langue d'oïl, parmi lesquels les parlers
normands occupent une place essentielle, le Mouvement Normand - qui a toujours
récusé les séparatismes, "ces jacobinismes
au petit pied" - ne peut être suspect de complaisances à l'égard de
ceux qui, par nationalitarisme dérisoire et exacerbé, voudraient la dislocation
de la France. Nous avons toujours dit que "la Normandie est terre de France et entend le
demeurer" (Philippe Woodland), ce qui nous permet aujourd'hui de
dénoncer la contre-vérité de l'Académie Française prétendant, contre l'évidence,
que les langues régionales ne font pas partie du patrimoine de la nation et la
faute - pire qu'un crime contre l'intelligence - du Sénat refusant la
reconnaissance des dites langues régionales dans la Constitution française.
Il s'agit d'une résurgence déplacée
du jacobinisme le plus étroit, qui se crispe sur une position dogmatique, à la
limité de l'ignorance la plus crasse de la réalité.
Cette
réalité, quelle est-elle?
En France métropolitaine, y compris la Corse
bien entendu, et dans la plupart des D.O.M.-T.O.M., la langue française est
comprise et utilisée par tous les citoyens. Certains utilisent concurremment des
parlers locaux, mais on ne trouve plus de locuteurs de langues régionales qui ne
comprennent que celles-ci. La "victoire" du français administratif est totale,
renforcée d'ailleurs par les médias audiovisuels. Il n'y a aucune comparaison à
faire avec des États plurilingues comme la Belgique ou la Suisse, pas plus qu'il
n'y a de craintes à voir, comme aux États-Unis par exemple, l'espagnol des
habitants d'origine latino submerger l'anglais des premiers colons
W.A.S.P.
Il faut que cela soit dit et répété: il n'est nul besoin en France de préconiser
l'utilisation d'une langue régionale dans les tribunaux ou l'administration,
pratique qui exclurait l'usage du français: un minimum de
compréhension et de considération à l'égard d'une infime minorité peu au fait du
jargon juridique suffirait.
C'est ce qui nous a fait prendre position au
Mouvement Normand - car cela fait des années que nous nous exprimons à ce sujet!
- contre la ratification de la Charte Européenne des Langues par la France, car
la dite Charte faisait obligation de traduire tous les actes officiels en
langues régionales. C'est excessif et, le plus souvent, superfétatoire. Comme on
peut le constater, au Mouvement Normand, nous défendons une ligne originale, que
nous allons rappeler ci-après.
1. Toute langue, qu'elle soit nationale,
internationale, hégémonique ou minoritaire, est égale en dignité. C'est
l'expression d'une population et elle véhicule une identité, un héritage, une
évolution linguistique. À ce titre, c'est un PATRIMOINE qu'il convient de
respecter, de sauvegarder, de faire connaître, d'enrichir, d'enseigner.
2. En ce qui concerne la
France, il y a lieu de considérer plusieurs types de langues:
- Les langues
enracinées d'une part (Celles qui sont notamment attestées par la toponymie),
les langues communautaires des populations allogènes, d'autre part.
- Les
langues "franciennes", qui se partagent en langues d'Oïl et langues d'Oc, d'une
part, et les langues alloglottes (Flamand, Breton, Basque, Catalan, Corse,
Alsacien, Francique), qui relèvent d'autres aires linguistiques.
3. Le Mouvement Normand
considère que toutes les langues enracinées sur le territoire métropolitain de
la République sont "françaises". En tant que telles, l'État doit les reconnaître
et aider à leur promotion, de la même façon que l'État a la mission de protéger
le patrimoine monumental et artistique.
4. En ce qui concerne les langues parlées
dans les D.OM.-T.O.M., l'État se doit aussi de les reconnaître et de les
promouvoir, qu'elles soient "créoles" - donc françaises d'origine - ou
amérindiennes, mélanésiennes ou polynésiennes.
5. Quant aux langues communautaires (Arabe,
Kabyle, Yiddish, Rom, Arménien, Chinois, Polonais, etc...), elles doivent être
considérées avec respect et l'État doit permettre - en accord avec les
représentants des dites communautés leur diffusion, voire leur enseignement .
6. Nous n'entrerons pas
dans la querelle de l'enseignement des langues par immersion ou non. Les écoles
Diwann (en Bretagne), Iskastolas (en Pays Basque), etc., peuvent être des
solutions... à encourager financièrement comme n'importe quel établissement
scolaire, même s'il nous paraît plus judicieux un enseignement de langues
régionales dès le plus jeune âge, concurremment avec le français "officiel".
7. L'enseignement des
langues et cultures régionales d'ores et déjà prévues par les textes doit être
la règle et non pas l'exception. Il est anormal qu'en Normandie la part de cet
enseignement soit à ce point congrue... par mauvaise volonté des autorités
académiques, par l'incapacité d'un corps enseignant trop souvent d'origine
extérieure à la Normandie.
Le
Mouvement Normand réclame donc l'application en Normandie des dispositions
permettant l'enseignement des parlers et de la culture normande.
De même, et pour en revenir à l'absurde méfiance du Sénat et de
l'Académie française, il faut que la Constitution reconnaisse à la fois
l'utilisation du français officiel et académique comme langue d'usage et
l'existence des langues et parlers régionaux, partie intégrante du patrimoine
linguistique de la France.
Pour
le Directorat Pourpre (Problèmes culturels et identitaires) du Mouvement Normand
Emma DAVESNE


Commentaires