La
Dr Helena Ranta, responsable de l'équipe d'enquêteurs sur le terrain,
révèle comment elle a été obligée de confirmer la version officielle
d'une sinistre mise en scène.
Helena Ranta, une spécialiste finlandaise de
médecine légale de renommée mondiale, âgée de 62 ans, vient de publier
sa biographie à Helsinki, écrite avec l’aide de Kaius Niemi, un des
directeurs du journal Helsingin Sanomat. Elle était la responsable de
l’équipe d’enquêteurs internationaux chargée sur place du rapport sur
les événements qui s’étaient déroulés dans le village de Racak, au
Kosovo, où 45 cadavres avaient été découverts en 1999. La sinistre
trouvaille avait été immédiatement transformée par les médias
occidentaux en un massacre de civils albanais attribué aux Serbes,
suscitant l’indignation mondiale, et servant de prétexte justificatif
du bombardement de la Yougoslavie. Dans son livre, Helena Ranta fait
des révélations spectaculaires sur les pressions qu’elle a subies pour
accréditer la fausse version de la culpabilité serbe, faisant ainsi
voler en éclats un des plus grands mensonges de la guerre dans les
Balkans.
Elle y raconte que William Walker, le chef américain
de la mission de l’OSCE au Kosovo pendant l’hiver 1998-1999, a brisé
son cra-yon en bois et lancé les morceaux à sa figure, furieux des
conclusions de son rapport, qui n’avaient pas utilisé “un langage
suffisamment convaincant” à propos des atrocités serbes. Elle y décrit
les pressions de trois fonctionnaires du ministère finlandais des
Affaires étrangères qui exigeaient d’elle “des conclusions plus
approfondies”. “J’ai conservé leurs e-mails” a-t-elle dit à son éditeur
à Helsinki.
Une déclaration imposée
En
1999, elle avait été obligée de déclarer à la presse “oui, il s’agit
d’un crime cotre l’humanité”. Mais le journaliste finlandais Ari
Rusila, expert pour les Balkans, écrit dans un article sur le livre
d’Helena Ranta que, pendant son enquête, elle avait voulu que ses
résultats ne soient en faveur ni des uns ni des autres et avait essayé
de se soustraire aux influences politiques, mais que, dès le début,
elle travaillait sous une intense pression de sa hiérarchie et des
médias. Les autorités voulaient qu’elle prouve que les coups de feu
ayant tué les victimes étaient les coups de grâce d’une exécution.
L’objectif de Walker était d’aider l’UCK et de mettre en scène un
massacre attribué aux Serbes permettant l’intervention militaire des
Occiden-taux, qui s’est produite au printemps 1999.
Ranta
précise que le chef à l’époque de la section politique du ministère,
Pertti Torstila, aujourd’hui secrétaire d’Etat, lui a demandé de
retirer de son rapport un commentaire “modérément critique” de la
politique du gouvernement. Torstila a démenti cette affirmation en se
prétendant “stupéfait”.
L’intérêt de ces révélations est
qu’elles confirment de façon définitive des doutes qui se manifestaient
déjà à l’époque. Un article du 1er février 2001 de FAIR (Fairness &
Accuracy in Reporting – Equité et exactitude dans le reportage) fait
état du black-out des médias à leur propos. Il revient sur le
déroulement des faits.
Un “horrible massacre”
En
janvier 1999, William Walker annonce que les soldats serbes ont
massacré 45 Albanais du village de Racak. Il qualifie la tuerie
d’“horrible massacre”, précisant que les victimes étaient toutes des
civils, brutalement exécutés, certains d’entre eux même mutilés après
leur mort.
Une fois l’histoire du massacre évoquée dans ses
plus bouleversants détails par les grands médias du monde entier, la
poussée vers la guerre s’est intensifiée et les alliés européens
hésitants ont fait un pas décisif en ce qui concernait l’autorisation
de frappes aériennes. Selon un article du Washington Post du 18 avril
1999, “Racak a transformé la politique balkanique de l’Occident comme
peu d’événements isolés ont pu le faire.”
Des doutes font surface
Des
questions troublantes ont pourtant vite vu le jour, mettant le massacre
en doute et évoquant la possibilité que l’incident ait été manipulé
pour pousser l’OTAN à la guerre, mais elles ont été complètement
ignorées par les médias américains de l’époque.
Des articles
importants de correspondants chevronnés en Yougoslavie s’interrogeant
sur la version de William Walker ont pourtant été publiés par des
journaux français comme Le Figaro (“Nuages noirs sur un massacre”,
20/1/99), et Le Monde (“Les morts de Racak ont-ils réellement été
massacrés de sang-froid ?”, 21/1/99). Le quotidien allemand Berliner
Zeitung a rapporté, le 13/3/99, que plusieurs gouvernements, dont
l’Allemagne et l’Italie, demandaient à l’OSCE de renvoyer William
Walker, à la lumière d’informations reçues de contrôleurs de l’OSCE au
Kosovo selon lesquelles les corps de Racak “n’étaient pas – comme le
prétend Walker – des victimes d’un massacre serbe de civils” mais ceux
de combattants de l’UCK tués au combat.
Un rapport occulté pendant deux ans
Le
Sunday Times de Londres (12/3/99) a écrit que l’équipe d’observateurs
américains de Walker travaillait secrètement avec la CIA pour pousser
l’OTAN à la guerre. Selon le journal, “Les diplomates européens
collaborant à l’époque avec l’OSCE affirment avoir été trahis par une
politique américaine rendant les frappes aériennes inévitables.”
Après
le massacre, l’Union européenne a embauché l’équipe de scientifiques
finlandais dirigée par Ranta pour enquêter sur les morts. Son rapport a
été gardé secret pendant deux ans. Les médias US l’ont ignoré, malgré
le fait que le rapport ait conclu qu’il y avait eu en effet des morts à
Racak, mais qu’il n’y avait aucune preuve de massacre.
Selon
le Berliner Zeitung du 16/1/01, les enquêteurs finlandais n’ont pas pu
établir que les victimes étaient des civils, s’ils étaient de Racak, ni
où ils avaient été tués. De plus, ils n’ont trouvé qu’un seul cadavre
montrant des traces d’exécution, et aucune preuve que des corps aient
été mutilés. Le journal précise que ces conclusions avaient été
finalisées en juin 2000, mais qu’elles ont été occultées par l’ONU et
l’UE. Aucun journal américain n’en a parlé.
Un second article de FAIR, daté du 18 juillet 2001, soulève à nouveau des questions.
De nouvelles informations sur l’incident de Racak ont vu le jour. Des douilles introuvables
Selon
le documentaire de la Canadian Broadcasting Company, “La route de
Racak” (The World at Six, 29/5/2000), quand l’envoyé spécial du Figaro
Renaud Girard est arrivé au village, il a été surpris de voir que
William Walker n’avait pas isolé la scène du crime pour permettre
l’enquête. Il s’est également étonné de ne trouver pratiquement aucune
douille sur le sol. “C’était étrange, a-t-il dit à la CBC. Peut-être
quelqu’un les avait ramassées.” De retour à Pristina le même jour, il a
parlé à son confrère Christophe Cha-telot du Monde de l’apparente
absence de douilles. Chatelot a demandé à l’un des observateurs de
Walker, un capitaine de l’armée américaine, pourquoi on n’en avait pas
trouvées. “C’est parce que je les ai prises, a répondu le capitaine,
j’en fais collection.” Le capitaine “a déclaré à Chatelot qu’il avait
ramassé toutes les douilles en arrivant sur la scène.”
Intrigué,
Chatelot est retourné à Racak le lendemain. Quand il a essayé de
trouver le capitaine américain, celui-ci était “tout à coup
introuvable”. Chatelot affirme que la mission de l’OSCE lui a dit :
“Nous ne le connaissons pas. Il n’a jamais été ici.” Quand il a demandé
à parler aux quatre contrôleurs qui étaient présents à Racak et dans
ses environs le jour de la tuerie, on lui a dit que leurs noms étaient
subitement devenus un secret “classé confidentiel”. “C’est très
curieux”, a-t-il dit à la CBC.
Des agents de la CIA
Plus
tard, il est apparu que l’équipe d’observateurs américains de Walker
était en grande partie composée d’agents secrets appartenant à la CIA.
Dans
son discours à la nation du 19 mars 1999, annonçant la décision de
l’OTAN de lancer les frappes aériennes sur la Yougoslavie, le président
Bill Clinton a dit : “Au moment où nous nous préparons à agir, nous
devons nous rappeler des leçons apprises dans les Balkans. Nous devons
nous souvenir de ce qui est arrivé dans le village de Racak en janvier
– des hommes innocents, des femmes et des enfants ont été arrachés à
leurs foyers, amenés dans un ravin, forcés à s’agenouiller dans la boue
et mitraillés – pas pour quelque chose qu’ils auraient fait, mais
simplement pour ce qu’ils étaient.”
Tout récemment, le
Byzantine Blog a marqué le neuvième anniversaire de l’affaire de Racak
en rappelant que le jour de Noël 1993, 49 civils serbes avaient été
massacrés dans le village bosniaque de Kravice par des troupes
musulmanes basées à Srebrenica, un épisode qui n’a entraîné qu’une
prudente condamnation des responsables internationaux, bien loin de
l’impitoyable bombardement de 78 jours qui a suivi la mort à Racak de
45 Albanais armés.
Le site en profite pour rappeler quelques détails supplémentaires que nos grands médias ont passé sous silence.
Une brigade sur place de l’UCK
Dès
son arrivée sur place, Walker a accusé la police serbe du massacre,
alors que c’était une police yougoslave multiethnique qui menait les
actions antiterroristes au Kosovo. Ses opérations ont été suivies par
les contrôleurs de l’OSCE, deux équipes de télévision étrangères et un
grand nombre d’envoyés spéciaux de différents pays : aucun d’entre n’a
assisté à un massacre avant que Walker n’en ait vu un. Au début de
janvier 1999, le poste de commandement d’une brigade de l’UCK de 126
hommes avait été installé à Racak. Parmi eux se trouvait la famille
Mujota, connue pour avoir assassiné six policiers serbes. Les villages
environnants de Petrovo, Luzak et Rance étaient sous le contrôle de
l’UCK.
Une opération contrôlée par l’OSCE
La
police yougoslave a informé la mission de l’OSCE de son intention de
lancer un raid anti-terroriste sur le village de Racak. L’action a
débuté à 8 heures. Selon Renaud Girard, la police n’avait rien à
cacher, puisqu’à 8 h 30 elle a invité une équipe de TV (deux reporters
d’Associated Press) à filmer l’opération. Des membres de l’OSCE étaient
présents et des contrôleurs ont observé le village pendant toute la
journée à partir d’une vallée voisine.
A 15 h, un rapport de
la police a été rendu public par le International Press Center de
Pristina, qui précisait qu’au cours des combats à Racak, 15 terroristes
de l’UCK avaient été tués, et qu’une quantité significative d’armes
avait été confisquée. A 15 h 30, les forces de police, accompagnée par
l’équipe de TV d’Associated Press, ont quitté le village, emportant une
pièce lourde d’artillerie de calibre 12,7 mm, deux engins d’artillerie
portables, deux fusils de snipers et 30 kalashnikovs fabriqués en
Chine. A 16 h 30, un reporter français a traversé le village en
voiture, et y a vu trois véhicules oranges de l’OSCE. Les contrôleurs
internationaux parlaient tranquillement avec trois adultes albanais en
civil. Ils cherchaient des civils éventuellement blessés. En retournant
au village à 18 h, le reporter les a vus emmener deux femmes et deux
vieillards légèrement atteints.
126 terroristes et 4 instructeurs
Au
centre du village, dans une maison où avait été installée la base de
l’UCK, la police a trouvé un ordinateur contenant des informations sur
la brigade de l’UCK et la liste de ses 126 membres, dont faisaient
partie quatre personnes avec des noms anglo-saxons, qui ont été
considérées comme des instructeurs étrangers.
Quand les
policiers yougoslaves ont investi le village, et commencé à sécuriser
les routes et les tranchées, ils ont été attaqués par les Albanais à
partir du Lake Mountain (Jezerska planina) et des villages avoisinants.
Pris sous le feu d’une forte offensive et placés en contre-bas, ils ont
du se replier. C’est alors qu’a eu lieu la grande mise en scène
destinée à impressionner le monde entier.
Des cadavres déplacés et rhabillés
Les
membres de l’UCK revenus dans Racak ont récupéré dans les ravins et
vallons les corps des Albanais tués pendant le combat et les ont
rassemblés dans un champ où auparavant il n’y en avait aucun. L’équipe
de TV d’AP qui était entrée plus tôt dans le village avec la police a
certifié que le champ où on avait empilé les cadavres des victimes
soi-disant exécutées était à ce moment vide. Les Albanais ont rhabillé
en civils une quarantaine de morts, et ont emmené les autres cadavres
en uniforme à Budakovo, où ils les ont probablement enterrés.
Le
lendemain matin tôt, Walker est arrivé au champ pour indiquer comment
les corps devaient être disposés pour faire croire à un massacre. La
mise en place achevée, il a fait venir les équipes de TV et les
journalistes. La description détaillée de l’épisode figure dans le
livre du reporter Milorad Drecun intitulé “La seconde bataille du
Kosovo”, au chapitre “Le mensonge de Racak”.
Les frappes “humanitaires”
L’agence
Tanjug rappelle, à l’occasion de cet anniversaire, que la secrétaire
d’Etat US de l’époque, Madeleine Albright, avait dit à CBS que “des
dizaines de personnes avaient été égorgées à Racak” et que la seule
solution était “des frappes aériennes humanitaires sur la Yougoslavie”.
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