Y aurait-il des manuels, des livres d'Histoire ou des
guides pratiques qui indiqueraient la marche à suivre ou les prochains épisodes
à présent que les taux d'intérêts du monde entier se retrouvent à ou proches du
zéro? La réalité est que, en dépit du précédent Japonais des années 90, les
principales Banques Centrales sont confrontées à une situation totalement
inédite. Aucune méthodologie mathématique ou rigoureuse donc pour éviter la
déflation par la dette mais quelques pistes exploitées par nos Banquiers
Centraux.
Ces derniers ne sont effectivement pas avares de discours et de
déclarations assurant que cette politique de taux nuls ou très bas est destinée
à durer dans le temps. En effet, comme les rendements sur les obligations d'Etat
baissent quasi mécaniquement dès lors que le marché est persuadé que les taux
resteront bas pendant un temps certain, le coût de financement des entreprises
et des privés devient ainsi plus abordable avec des répercussions favorables
espérées sur les valorisations boursières, immobilières et autres...
Par
ailleurs, les mesures concrètes et à bien des égards révolutionnaires désignées
sous l'appellation mystérieuse de "baisses quantitatives" consistent d'une part
en un gonflement agressif du bilan des Banques Centrales du fait de l'injection
massive de liquidités et d'autre part en des achats par ces mêmes Banques
Centrales de tous types d'actifs allant des bons du Trésor à l'obligation émise
par une entreprise en passant par l'immobilier ou par les titres subprimes...En
fait, ces baisses quantitatives reviennent tout simplement à activer la planche
à billets, billets destinés à finir aux mains des consommateurs qui iront les
dépenser. Le contrôle des prix peut donc être enterré en paix car la
préoccupation des Banques Centrales devient dès lors le contrôle du volume des
liquidités déversées dans le système : boulversement majeur des priorités des
Banques Centrales peu soucieuses dès lors de financer les déficits de l'Etat par
l'émission d'obligations qui draineraient précisément de précieuses liquidités
hors du système!
En période de baisses quantitatives, l'action d'une
Banque Centrale devant en effet être principalement orientée vers le rachat de
tous types de papiers-valeurs - et d'abord des siens propres - dans le but de
tarir au possible le marché obligataire afin que les liquidités en quête de
placement aillent plutôt se loger dans les secteurs vitaux de l'économie...Au
demeurant, une Banque Centrale peut également acquérir des biens immobiliers ou,
en dernière extrémité, des titres comme le fit la Banque du Japon dans les
années 90! Les objectifs visés par une Banque Centrale étant double: tout
d'abord celui de propulser les valorisations nominales de ces obligations - et
donc d'exercer une pression à la baisse sur les taux d'intérêts - tout en
assurant au système un approvisionnement généreux en liquidités. Toutes ces
manipulations ont en fait un but et un seul, celui de forcer quasiment à la
consommation, à l'investissement et à la dépense.
En théorie, les
Banques Centrales peuvent pratiquer ces baisses quantitatives sans aucune limite
et, en conséquence, un Etat peut - toujours en théorie - appliquer à l'infini
une politique de stimuli fiscaux afin de relancer l'activité économique! Un Etat
qui réduit drastiquement les impôts peut ainsi se financer par l'émission de
bons du Trésor qui seront, à leur tour, achetés par sa Banque Centrale. Cette
Banque Centrale verrait sa Masse Monétaire gonfler, le Gouvernement
redistribuant alors ces liquidités aux citoyens...On comprend mieux la fameuse
allégorie de Friedman qui suggérait de larguer du cash depuis des hélicoptères
ou la suggestion plus prosaïque de Keynes d'employer des citoyens afin
d'enterrer des bouteilles remplies de billets de banque...
Pour autant,
ces baisses quantitatives sont-elles un instrument miraculeux? La réponse est
clairement négative si l'on se base sur l'échec Japonais lors de la décennie
perdue. En réalité, les Banques Centrales ne connaissent pas à l'avance la dose
de baisses quantitatives nécessaires à la lutte contre la déflation : Ainsi,
alors que des mesures peu généreuses ou mal ciblées peuvent accentuer la
déflation, un excès de baisses quantitatives est bien-sûr susceptible de
transformer la déflation en...inflation! Un exemple de pays ayant abusé de
politique monétaire expansionniste? Le Zimbabwe!
Les Banques Centrales,
à la croisée des chemins, se retrouvent ainsi bien malgré elles en train de
"faire l'Histoire"! Du reste, dans ce processus, pourquoi s'arrêter à zéro,
pourquoi ne pas rendre négatifs les taux d'intérêts? En réalité, les billets de
banque, qui ne sont rémunérés d'aucun taux d'intérêt - positif ou négatif -
imposent une limitation à ce qui peut être expérimenté avec la politique
monétaire. Car si d'aventure une Banque Centrale imposait des taux négatifs qui
se répercuteraient nécessairement sur les dépôts bancaires, les titulaires de
ces dépôts n'auraient qu'à retirer leurs liquidités des banques, les espèces
n'étant pas grevées de ce taux négatif! Ce système de taux négatifs pourrait
néanmoins être viable à partir du moment où le taux prélevé est minime car il
serait très difficile, voire impossible du point de vue de l'espace matériel,
aux détenteurs de gros dépôts de retirer tous leurs avoirs. C'est ainsi qu'en
1978, les taux d'intérêts envers les détenteurs étrangers de Francs Suisses
étaient négatifs, phénomène n'ayant du reste pas découragé les investisseurs,
notamment nippons, du fait de l'appréciation de la monnaie Helvétique qui
compensait largement le taux prélevé sur leurs dépôts...
On le constate,
la déflation est une calamité d'autant plus difficile à prévenir que sa
manifestation s'accompagne toujours d'une augmentation du taux d'intérêt réel,
c'est-à-dire du taux nominal moins l'inflation : En d'autres termes, la
déflation agit en exerçant une pression haussière sur les taux d'intérêts au
plus mauvais moment, soit au moment où ces taux devraient précisément baisser!
Voilà pourquoi - et un certain nombre d'économistes s'accordent sur ce point -,
il conviendrait de ne plus baisser les taux dès lors qu'ils ont atteint 0.5,
voire 1%, afin de se ménager une sortie de secours en cas d'extrême tourmente.
La politique monétaire du taux zéro, qui consiste donc à inonder tout le
monde et tout de suite d'un maximum de liquidités, porte en elle les germes
d'une allocation inefficiente car indifférenciée des ressources tout en
encourageant tous types de comportements inconséquents, voire
irresponsables.
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