La mort annoncée du dollar !
Dollar et Euro : quand le second remplacera-t-il le premier ?
Publié par André Serra dans Géopolitique, Économie, tags: dollar, Etats-Unis, euro, monnaieLe système monétaire est maintenant entré dans une crise que la planète mondialisée ne peut plus supporter. Plus qu’à n’importe quel autre moment dans l’histoire, le monde a besoin d’une monnaie dont la valeur soit stable, et ne varie pas en fonction des errements économiques d’une seule nation, eusse-t-elle la première armée de la planète.
Cette impérieuse nécessité résulte du fait que le monde est à présent
largement décloisonné. À présent, les frontières économiques entre
nations se résument à peu de chose, et de X-round en X-round, les
dernières auront disparu avant la fin de la décennie.
Or, depuis les accords de Bretton woods signés en juillet 1944 au
lendemain de la seconde guerre mondiale, par 44 États réunis dans le
cadre de la conférence monétaire et financière des Nations Unies, pour
résoudre les problèmes monétaires stagnants depuis 1929, mais
considérablement aggravés par les destructions de la guerre, le dollar
a régné continûment pendant les 63 années qui se sont écoulées depuis
lors, sur les paiements internationaux.
Cette solution se justifiait pleinement en 1944, étant donné le complet
dénuement économique des belligérants, à l’exception des États-Unis.
Mais ces accords n’avaient pas été prévus pour une période aussi longue
et aucune clause de révision n’y avait été insérée.
Le dollar était ainsi devenu la monnaie du monde, puisque toutes les
autres reçurent une valeur en référence exclusive à lui, et que les
ajustements entre elles et le dollar se firent alors par des
dévalorisations et des revalorisations par rapport à lui également, et
non plus par rapport à l’or comme c’était le cas avant la guerre. Par
contre, de son côté le dollar tenait sa propre valeur de l’or, puisque
l’once de celui-ci avait reçu la valeur fixe de 35 $.
À partir de là, les États-Unis pouvaient émettre autant de dollars en
papier qu’il leur plaisait, sans en éprouver aucune gène économique.
Leurs déficits pouvaient alors être comblés librement, sans pour autant
recourir à l’impôt, ce qui était cependant la seule méthode pour tous
les autres pays. On peut dire que le monde a donc été mis en coupe
réglée par les États-Unis pendant toute cette longue période.
Incroyable exploitation !
Le statut de ce grand pays et la reconnaissance que l’Europe lui
portait pour la libération du fascisme hitlérien, qu’il avait réussi,
lui autorisait des débordements que personne n’osait pointer du doigt.
À l’exception cependant notable du général de Gaulle, qui décida de se
faire rembourser systématiquement en or les dollars gagnés par la
France, ce que permettaient les accords de Bretton Woods.
Mais si les abus financiers des É-U étaient passivement subis par le monde entier, ils finirent par avoir des conséquences négatives sur leur propre pays. Dotés de poches aux dimensions indéfinies, Ils se lancèrent dans toutes sortes de programmes sociaux, scientifiques et militaires, comme «aller dans la Lune » ou «guerroyer au Vietnam », l’un sans autre intérêt immédiat que celui de se pavaner sur les écrans de télévision, et l’autre en croyant qu’une armée de bourgeois bien nourris pourrait avoir raison d’un peuple qui se contentait d’une boule de riz par jour. Ce qui ne les a d’ailleurs pas empêchés de chercher à se faire botter le train une seconde fois en Irak.
Toujours est-il que le dollar s’usait sous ces épreuves. Les banques
centrales du reste du monde commençaient à troquer leurs dollars contre
l’or de Fort Knox, et la valeur réelle de cette malheureuse monnaie
correspondait de moins en moins à une once d’or pour 35 $. Peu à peu
Fort Knox se vidait, et, pour éviter une banqueroute, Nixon libéra le
dollar de son assujettissement à l’or en août 1971, et lui permit de
flotter sur les marchés des changes comme une vulgaire matière première.
Le dollar avait perdu sa référence hégémonique, mais la force de
l’habitude prise par les autres nations de le considérer comme
l’arbitre de l’économie mondiale, fit qu’il continua d’être considéré
comme la référence monétaire pour toutes les transactions
internationales, et notamment pour les matières premières et bien sûr
pour le pétrole, et que l’endettement des É-U continua de prospérer
sans retenue.
Mais, tant va la cruche à l’eau qu’à la longue elle se casse. Et c’est ce qui est en train de se passer. Jamais plus le dollar ne remontera à sa valeur passée, et continuera au contraire à chuter d’année en année. Son chemin est en effet bordé de deux insondables précipices, et c’est son taux d’intérêt qui va précipiter sa chute dans l’un ou dans l’autre. Si la FED [Federal reserve : banque centrale des É-U] baisse son taux d’intérêt, le pays entrera dans une période d’inflation galopante qui lui garantira une crise sociale peut-être supérieure à celle de 1929, et s’il l’augmente, c’est dans une période de déflation qu’il entrera, associée à un tout autre type de crise sociale, à base de chômage généralisé.
Certains analystes parlent d’une baisse de la valeur du $ de l’ordre de
90 % en deux ou trois ans. Je serais moins féroce. À dire vrai cette
baisse ne peut être prévue avec précision, mais je ne serais pas étonné
que la devise étasunienne perde la moitié de sa valeur en aussi peu de
temps.
Les créanciers des É-U sont nombreux : les Chinois, les Japonais, les
Européens et les pétroliers arabes possèdent suffisamment de dollars à
eux tous pour pouvoir acheter la moitié des É-U. S’ils lâchent trop
brutalement le dollar, ils savent qu’ils peuvent perdre des fortunes,
mais ils savent aussi que s’ils attendent trop longtemps pour le faire,
leur perte pourrait être plus importante encore. Enfin, tout le monde
sait que le premier qui se lancera dans la liquidation de ses réserves
en dollars, lancera également une curée générale, dont l’humanité
pourrait mettre longtemps à se remettre.
Alors, mon avis est que l’idée va bientôt naître de revenir à Bretton Woods pour une nouvelle «Conférence monétaire et financière des Nations Unies
», où les É-U se présenteront cette fois la queue entre les jambes.
Mais, en dépit du titre que j’ai donné à mon article, je ne pense pas
qu’une autre devise remplacera le dollar. Je crois plutôt que, pour un
monde devenu multipolaire, on créera une devise neutre, sous la forme
d’un panier des principales devises du monde que l’on réajustera,
disons tous les quatre ans.
http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2007/12/05/dollar-et-euro-quand-le-second-remplacera-t-il-le-premier/


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